Pour un pays non industrialisé, le choix n’est pas entre dette et austérité. Il est entre consommer aujourd’hui ou produire demain. La viabilité budgétaire passe par 3 ruptures : fiscalité, dépense, industrialisation.
Entre fonctionnement et investissement : le piège du court terme
Le “fonctionnement” paie les salaires, la dette, les subventions. L’”investissement” construit les usines, les routes, les écoles.
Le drame des économies africaines : 70 à 80% du budget part dans le fonctionnement. Il ne reste que des miettes pour investir. Résultat : on emprunte pour consommer, pas pour produire.
La règle est simple : un État qui s’endette pour payer ses charges meurt à crédit. Un État qui s’endette pour produire s’enrichit avec intérêts. L’emprunt doit financer l’avenir, jamais le présent.
Viabilité budgétaire sans production locale : mission impossible ?
Non. Mais à 3 conditions. La viabilité = Recettes + Emprunt soutenable ≥ Dépenses.
Pour un pays exportateur de brut et importateur de fini, l’équation est déséquilibrée. Chaque franc gagné sur le coton ressort par 3 francs de riz, médicaments et cprodiits importés.
Les 3 leviers :
- Élargir l’assiette fiscale : 60% de l’économie est informelle. La formaliser rapporte plus qu’augmenter les taux.
- Maîtriser la dépense : Audit des niches fiscales, rationaliser les subventions, geler la masse salariale improductive.
- Substituer aux importations : Protéger et financer les filières locales riz, tomate, ciment. Chaque $ d’import évité est un $ qui circule chez nous.
3. Impôts et taxes : peuvent-ils éviter l’endettement massif ?
À court terme, non. Le taux de pression fiscale moyen en Afrique est de 16%. L’OCDE est à 34%. Mais doubler les impôts tue l’activité.
La vérité est cruelle : on ne taxe pas la pauvreté. On taxe la richesse. Tant que l’économie reste informelle et importatrice, l’impôt plafonne.
Donc logique en 2 temps : Court terme = dette intelligente pour investir. Moyen terme = la production nouvelle élargit l’assiette et rembourse. L’impôt suit la croissance, il ne la précède pas.
4. Recours aux partenaires financiers : oui, mais à quelles conditions ?
3 portes, 3 risques : - Marchés financiers : Rapide, cher. Condition : crédibilité budgétaire. Dangereux si le FCFA se déprécie.
- Partenaires bilatéraux : Chine, UE. Souvent lié à des marchés. Condition : négocier la souveraineté, pas brader les ressources.
- Multilatéraux : Banque Mondiale, BAD. Moins cher, plus de conditionnalités. Condition : accepter les réformes.
Règle d’or : Emprunter seulement si le projet génère un taux de retour > coût de la dette. Une zone industrielle = oui. Un bâtiment administratif = non.
5. Quel rôle pour le FMI sans perdre sa souveraineté ?
Le FMI est un miroir. Il force l’État à regarder la vérité de ses comptes. Son rôle est utile : stabiliser la monnaie, rassurer les investisseurs, imposer la discipline.
Le piège : les recettes toutes faites. Austerity, privatisation, coupes sociales. Des recettes qui ont échoué partout.
La bonne posture : Prendre le prêt, prendre l’expertise, refuser le diktat. Le FMI doit s’adapter au Projet, pas le Projet au FMI. On négocie les conditionnalités, on ne les subit pas.
Conclusion : Les 3 courages
La survie ne dépend pas de la dette. Elle dépend de ce qu’on en fait. - Courage fiscal : Taxer moins, taxer mieux. Intégrer l’informel.
- Courage budgétaire : Couper dans le gras pour nourrir le muscle productif.
- Courage industriel : Transformer ici ce qu’on exporte brut là-bas.
Un pays ne meurt pas parce qu’il est endetté. Il meurt parce qu’il est resté consommateur pendant que d’autres devenaient producteurs.
Mamadou Kassé, Journaliste
madoukasse@yahoo.fr

