Après le Mondial 2026: Comment passer de l’amateurisme à un véritable professionnalisme

Après le Mondial 2026: Comment passer de l’amateurisme à un véritable professionnalisme

Le décalage entre l’avènement d’un football d’élite ultra-professionnel et la persistance de méthodes administratives artisanales, c’est précisément le nœud du problème de la gouvernance sportive actuelle. Et le Sénégal ne fait pas exception à une règle générale en Afrique.

Le diagnostic est clair : le talent sur le terrain ne peut plus compenser les approximations dans les bureaux. Quand l’État, la Fédération sénégalaise de football (FSF) et l’encadrement technique naviguent à vue, sans processus standardisés, le risque de rupture est permanent, en particulier sur les questions financières et logistiques qui exigent une précision chirurgicale.

Le recours au cadre légal est la seule voie de sortie durable. Pour donner corps à notre réflexion, il nous semble qu’un dispositif pertinent devrait être mis en place pour verrouiller l’organisation et instaurer ce professionnalisme tant attendu.

1. Le Code des sports : le socle législatif

Le nouveau Code des sports pose les bases juridiques globales, mais il reste souvent trop général pour les réalités quotidiennes d’une sélection nationale de premier plan. Il a impérativement besoin de décrets d’application spécifiques pour devenir opérationnel. Ces décrets doivent définir clairement :

  • les responsabilités financières exactes et les circuits de décaissement entre le ministère des Sports et la FSF (pour éviter les retards de primes ou les blocages logistiques de dernière minute) ;
  • le statut juridique et les obligations de protection des acteurs (joueurs et staff).

2. La Charte du football et de l’équipe nationale : le contrat moral et opérationnel

Si le Code est la loi, la Charte doit être le règlement intérieur et le guide de conduite. Elle permettrait de formaliser ce que l’on attend de chaque entité :

  • pour l’État et la FSF : une obligation de co-gouvernance transparente, avec un calendrier de planification validé de longs mois à l’avance (budgets de préparation, choix des infrastructures, logistique des déplacements) ;
  • pour l’encadrement technique et médical : des cahiers des charges stricts, des objectifs mesurables et des protocoles de reporting administratif réguliers ;
  • pour les joueurs : un cadre de droits (assurances, conditions de voyage, logistique), mais aussi de devoirs patriotiques et comportementaux stricts (gestion de l’image, discipline collective).

L’enjeu de la formalisation : En l’absence de textes réglementaires précis, la gestion d’une équipe nationale repose trop souvent sur des dynamiques interpersonnelles ou des arbitrages de crise. Formaliser les actes par des décrets et des chartes, c’est institutionnaliser le fonctionnement des Lions pour qu’il ne dépende plus des hommes, mais des structures.

À l’ère de la modernisation, le professionnalisme ne se limite pas à avoir des joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens ; il exige que l’administration qui les entoure soit tout aussi performante, prévisible et rigoureuse que les clubs qui les emploient au quotidien.

Mamadou Kassé
Journaliste

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