Football local : un paradoxe à lever pour la compétitivité de nos clubs (Par Mamadou Kassé)

Football local : un paradoxe à lever pour la compétitivité de nos clubs (Par Mamadou Kassé)

Le paradoxe du football sénégalais est frappant : une sélection nationale qui règne sur le continent, des académies qui exportent des talents bruts vers l’Europe, mais des clubs locaux qui peinent à exister sur la scène de la CAF (Ligue des champions et Coupe de la Confédération).

La proposition de « scinder » le destin des joueurs entre un réservoir de performance nationale et un réservoir d’exportation nous semble être une piste qui mérite d’être explorée. Les solutions portent sur plusieurs angles :

1. La fin du « club-passoire »
Actuellement, les clubs sénégalais fonctionnent comme des gares de triage : sitôt qu’un joueur brille, il part. L’idée de créer un championnat seniors (23-30 ans et plus) non destiné à la vente immédiate permettrait de :

Stabiliser les effectifs : la cohésion tactique demande du temps. On ne gagne pas en Afrique avec une équipe renouvelée à 80 % chaque année.

Gagner en maturité physique et mentale : les compétitions africaines sont des combats d’hommes. Opposer des jeunes de 18 ans à des joueurs expérimentés du TP Mazembe ou d’Al Ahly est souvent un suicide sportif.

Fidéliser le public : le supporter a besoin d’idoles locales qui restent plusieurs saisons pour s’identifier au club.

2. Le championnat espoirs : la vitrine business
En officialisant un championnat des espoirs (U23) dédié à la valorisation marchande, on répond à la réalité économique.

Rationalisation : cela permet aux académies (Génération Foot, Diambars, etc.) de s’affronter dans un cadre compétitif dédié, sans polluer l’objectif de résultats immédiats des clubs historiques.

Transparence : en encadrant les transferts de ces jeunes vers le championnat seniors ou l’étranger, on professionnalise le marché interne.

3. Les défis de mise en œuvre
Bien que séduisante, cette approche se heurte à des réalités structurelles :

Le financement : pour garder un joueur de 26 ans « non destiné à la vente », il faut pouvoir lui offrir un salaire compétitif par rapport au Maghreb ou aux divisions inférieures européennes. Sans subventions accrues ou droits TV réels, la tentation du départ restera forte.

Le cadre juridique : le règlement de la FIFA sur le statut et le transfert des joueurs limite la restriction de mouvement. Il faudrait donc que ce soit un accord moral et contractuel entre le joueur, le club et la fédération.

Conclusion
Le modèle proposé porte, entre autres, sur les performances africaines, les retombées économiques et financières, les primes CAF, les droits de mutation, l’encadrement du jeune footballeur et l’accompagnement du plan de carrière, y compris la retraite de l’ancien joueur.

Loin d’être absurde ou saugrenue, cette approche s’apparente plutôt à une forme de protectionnisme sportif intelligent. Pour que le Sénégal ne soit plus seulement une « pépinière » mais devienne une « place forte », il faut impérativement décorréler la formation (business) de la compétition de clubs (prestige et résultats).

Le débat est lancé : comment convaincre un joueur talentueux de 24 ans de rester au pays pour conquérir l’Afrique plutôt que de partir pour un salaire modeste en D2 européenne ou dans le Golfe ? C’est sans doute là que se situe le véritable nœud gordien de notre football.

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