Après plus de vingt heures de discussions intenses, le gouvernement sénégalais et les syndicats du G7 ont franchi un tournant décisif dans la décrispation du climat social dans l’éducation. Sous l’arbitrage du Premier ministre Ousmane Sonko, un protocole d’accord a été paraphé, jetant les bases d’une stabilisation durable du secteur.
Ces négociations marathon, inscrites dans le prolongement des engagements du 7 avril 2026, ont permis d’enregistrer des avancées sur plusieurs dossiers sensibles. Parmi les points centraux figurent le statut des décisionnaires et la réforme des retraites. L’exécutif propose une refonte en profondeur du système, avec notamment un relèvement de l’âge de départ à 65 ans et un reversement au Fonds national de retraite (FNR).
Modernisation administrative en ligne de mire
Le gouvernement affiche également des ambitions fortes en matière de transformation administrative. La digitalisation des actes d’administration est prévue pour fin 2026, tandis que celle des actes de gestion est annoncée pour 2027. L’interconnexion des plateformes MIRADOR, GIRAFE 2 et Solde devrait être effective d’ici fin 2026, avec pour objectif de réduire les lenteurs et dysfonctionnements souvent décriés.
Sur le plan de la gestion des carrières, plusieurs mesures structurantes ont été actées. L’immatriculation systématique des enseignants dès leur recrutement, à partir de décembre 2027, ainsi que la régularisation des cotisations sociales d’ici juin 2027, figurent parmi les priorités.
Habitat, salaires et conditions de travail : des engagements concrets
Le protocole intègre également un important volet social. L’État s’engage à régulariser les titres et parcelles d’ici fin 2026 et à lancer des programmes de logements « clés en main » en faveur des enseignants. En parallèle, la résorption des abris provisoires et l’amélioration de la connectivité des établissements scolaires sont programmées à l’horizon 2027.
Sur la question salariale, un comité ad hoc sera mis en place avant fin mai 2026 pour examiner les problématiques liées à l’imposition et aux rappels de salaire. Le gouvernement promet de corriger les surimpositions, de rembourser les trop-perçus et d’apurer les arriérés dans la loi de finances initiale 2028. Le régime indemnitaire sera élargi, avec une prise en compte des fonctions administratives et dirigeantes, pour un paiement effectif dès octobre 2026.
Examens et concours : vers une refonte du système
Dans une dynamique de modernisation globale, les autorités entendent réformer le dispositif des examens et concours. Cela passe par la révision des textes encadrant les indemnités, la restructuration du Fonds d’appui aux examens et concours (FAEC) et la digitalisation des paiements. Les indemnités dues aux intervenants extérieurs des CRFPE pour la période 2023-2025 devraient être réglées au plus tard en juin 2026.
Des désaccords persistants sur les retraites et la fiscalité
Malgré ces avancées, certaines divergences demeurent. Elles concernent notamment l’application du décret n°2026-65 sur la réforme des retraites, en particulier l’âge de départ et la revalorisation des pensions, ainsi que la fiscalité appliquée aux rappels de salaire. Le gouvernement exclut pour l’instant une défiscalisation totale, estimée trop coûteuse (environ 12 milliards de FCFA par an), mais se dit ouvert à un allègement.
Pour assurer le suivi des engagements, un comité technique sectoriel sera mis en place sous l’autorité du ministère de la Fonction publique, avec des réunions trimestrielles. Les discussions restent ouvertes : une nouvelle rencontre est prévue le 16 avril 2026 pour tenter de lever les derniers points de blocage et parvenir à un accord définitif, condition essentielle à une pacification durable de l’espace scolaire sénégalais.
EL IBRAHIMA FAYE

