De Heysel à Rabat : une justice à géométrie variable

De Heysel à Rabat : une justice à géométrie variable

Le Royaume du Maroc perpétue son héritage autoritaire, prouvant que, derrière le vernis de la modernité, l’État de droit reste sacrifié sur l’autel de la survie monarchique.

Dans la longue série des dérives autoritaires, le dernier exemple concerne les jeunes de la génération Z qui, en juin et juillet 2025, comme les jeunes de Madagascar, manifestaient pour l’accès aux services sociaux de base et davantage de liberté d’expression ? Tous les leaders ont été arrêtés et incarcérés, et le mouvement est mort, enterré en première classe, dans le silence approbateur des puissants alliés et lobbys du Maroc. On prépare la Coupe du monde, et rien ne doit ternir l’organisation de l’édition 2030.

Les condamnations des 18 supporters sénégalais confirmées en appel apparaissent aussi comme des avertissements adressés au peuple maricain. C’est injuste et inique. On n’a jamais vu de telles condamnations à la suite d’incidents lors de manifestations sportives.
La preuve :
Lors des événements de la finale de la Coupe des champions, le 29 mai 1985 au Heysel, en Belgique, il y a eu de graves incidents avec la mort de 39 personnes dans le stade. La justice belge a mené un long processus judiciaire qui a abouti à des condamnations pénales de supporters anglais : sur les 26 supporters identifiés, 14 ont été condamnés pour homicide involontaire à une peine de trois ans de prison, dont la moitié avec sursis. La plupart n’ont passé qu’environ un an derrière les barreaux avant d’être libérés. En outre, la justice a également condamné des autorités policières belges ainsi que des responsables de l’UEFA.

Les familles des 39 victimes ont perçu d’importantes indemnisations financées par les parties jugées responsables : l’État belge, l’Union belge de football et l’UEFA.

C’est cette jurisprudence sportive qui devrait prévaloir, même si les contextes sont différents.

Ici, à Rabat, lors de la finale du 18 janvier 2026, il n’y a pas eu de mort ; pourtant, la CAF et le royaume du Maroc s’en tirent à bon compte, alors même que la responsabilité des autorités marocaines est engagée.

Les images, que la partie civile n’a pas osée au demeurant faire visionner lors du procès, montrent des stadiers et des agents de sécurité intervenant avec une violence inouïe contre nos supporters, déjà sous tension après des provocations. À notre connaissance ces voies de faits ne sont pas sanctionnées ni pour les stadiers, la police marocaine et la CAF, organisatrice de la CAN.

En revanche, pour ce cas précis nous concernant, seuls les 18 supporters ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de trois mois à un an.

Certes, la sévérité des peines n’est pas un phénomène nouveau dans le système judiciaire marocain. Mais ici, il ne s’agit pas d’une affaire ordinaire : nous sommes dans le cadre d’événements liés à une fête, un match de football dans une enceinte régi par des standards internationaux, où les réponses judiciaires tiennent compte plus du contexte, de la responsabilité des organisateurs et du principe de proportionnalité.

Cette sévérité interroge profondément lorsqu’on la met en perspective avec des précédents internationaux. Lors du drame du Heysel en 1985, qui avait causé la mort de 39 personnes, les sanctions pénales prononcées contre les supporters impliqués avaient été relativement limitées, avec des peines partiellement assorties de sursis et des durées effectives d’incarcération réduites.

Comment justifier, dès lors, que dans un contexte où aucune perte humaine n’est à déplorer, des peines de prison ferme soient systématiquement prononcées ? Cette disproportion manifeste pose la question du respect des principes fondamentaux de la justice pénale, notamment celui de la proportionnalité des peines.

Dès lors, ces condamnations apparaissent moins comme une réponse judiciaire équilibrée que comme un signal politique adressé à la fois à l’opinion publique nationale et aux contestations potentielles.

C’est le fait du prince, ce que nul ne peut accepter dans ce pays et ailleurs. Mais nous avons un paradoxe : où sont les organisations du Sénégal, de l’Afrique et des pays occidentaux œuvrant dans la protection et la promotion des droits humains, promptes à publier des communiqués ou à donner des leçons pour moins que cela ? Elles ont jusqu’ici brillé par un mutisme suspect face à ce scandale et la prise en otages, le mot n’est pas de trop, de supporters d’un pays qu’on prétend grand ami du Maroc.

Moustapha Niang
Ingénieur polytechnicien
Ouakam
mniang20@gmail.com

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