La proposition de loi n°17/2026 a été votée sans surprise par la majorité de Pastef. Il aurait été étonnant qu’un groupe parlementaire renonce à défendre un texte qu’il avait lui-même porté. De la même manière, il n’était guère surprenant que le président Bassirou Diomaye Faye choisisse la voie du référendum. Les institutions offrent cette possibilité. Il s’en saisit. Le véritable sujet est ailleurs.
Pourquoi poursuivre jusqu’au vote parlementaire alors que chacun savait déjà que le chef de l’État privilégiait la consultation populaire ? Parce qu’en politique, les symboles pèsent parfois autant que les décisions. Pastef ne cherchait pas seulement à faire adopter une réforme. Il voulait inscrire dans le marbre parlementaire la preuve de sa fidélité à ses promesses. Le message adressé à sa base est limpide. « Nous avons fait notre part. Si le projet change de trajectoire, ce n’est plus notre choix ». La petite phrase du président de l’Assemblée nationale, s’interrogeant avec une ironie à peine voilée sur ce qui arrive à son « jeune frère » Diomaye, n’est pas une improvisation. C’est un projectile politique soigneusement poli avant d’être lancé. Derrière le sourire affleure une stratégie de démarcation. Derrière la fraternité affichée apparaît la volonté de fixer les responsabilités.
Cette offensive tombe à un moment opportun pour le parti majoritaire. Depuis plusieurs mois, les débats sur les performances économiques, le coût de la vie ou encore les controverses judiciaires encombrent l’agenda gouvernemental. La révision constitutionnelle déplace le centre de gravité du débat public. Elle redonne à Pastef un terrain où il retrouve son avantage naturel, celui des réformes institutionnelles et des engagements de campagne.
En face, la position présidentielle paraît plus délicate. Le référendum ouvre une séquence politique dont la logique mérite d’être interrogée. Car quel sera le fil conducteur de la campagne présidentielle ? Comment défendre un processus tout en prenant ses distances avec le contenu précis du texte ? Comment appeler les citoyens aux urnes sans apparaître comme le premier contradicteur du texte soumis à leur appréciation ? Le paradoxe est entier. Ce sont bien les dispositions votées par l’Assemblée nationale qui seront soumises au verdict populaire.
Cette équation nourrit une autre lecture des événements. Et si le président cherchait moins à trancher qu’à différer ? Le référendum offre aussi les vertus du calendrier. Il ouvre un espace de respiration. Il suspend les affrontements immédiats. Il permet d’attendre sans donner le sentiment de reculer.
Dans cette hypothèse, le temps devient un acteur politique à part entière. Chaque semaine qui passe peut modifier les rapports de force, user certaines certitudes, déplacer les équilibres. Surtout, elle rapproche le moment où le président retrouvera la faculté constitutionnelle de dissoudre l’Assemblée nationale. Une nouvelle majorité pourrait alors rebattre les cartes et transformer un rapport de force aujourd’hui défavorable. Encore faut-il que le temps travaille pour lui. Car le temps est un allié infidèle. Il peut consolider une stratégie comme il peut la ruiner. Il récompense parfois la patience. Il punit souvent l’attentisme.
Au fond, cette révision constitutionnelle ne révèle pas seulement un débat juridique. Elle éclaire les lignes de fracture du pouvoir lui-même. Derrière les articles de la Constitution se dessine une compétition plus silencieuse, celle du récit politique. Chacun cherche à apparaître comme le gardien de la promesse originelle. Chacun veut convaincre qu’il est resté fidèle au mandat reçu des électeurs.
Le référendum dira peut-être ce que pense le peuple du texte. Il dira surtout ce qu’il pense de ceux qui prétendent parler en son nom.
Si. Di.

