Mamadou Kassé est décédé hier. Ce texte, consacré au nouveau coach des Lions et à la nécessité de trouver un véritable milieu défensif, est le dernier qu’il a écrit avant sa disparition.
Il prend aujourd’hui une dimension particulière. Au-delà de l’analyse footballistique, ces lignes constituent son dernier regard sur les Lions, sa dernière réflexion, sa dernière contribution à ce football qu’il aimait et qu’il observait avec passion.
En vue des prochaines sorties des Lions, une urgence s’impose au coach : trouver un bon demi-défensif pour parer aux défaillances d’une équipe qui a pris 9 buts en 4 matchs au Mondial 2026.
Un milieu défensif est en effet d’une nécessité impérieuse si on veut aller loin en haute compétition.
C’est sur lui que repose parfois le dernier tacle qui sauve. Comme avec Aliou Cissé. Parfois, on leur demande de déconstruire, pour ne pas dire détruire. D’où le nombre de sanctions qu’ils reçoivent sur le terrain. Un demi-défensif sans cartons dans sa vie n’en est pas un. Les coaches cherchent ce profil parmi les joueurs physiques, athlétiques et prêts au combat.
Vieira a bien joué ce rôle toute sa carrière en tant que joueur, et surtout en tant qu’Africain, avec toute la charge raciste qui l’accompagne.
Souhaitons qu’il nous trouve un bon milieu à son profil, ce qui nous a fait défaut au Mondial, avec les défaillances de Koulibaly.
Ce poste est très ingrat, car les Ballons d’Or sont choisis ailleurs.
Le 6 n’est jamais beau à voir. Mais sans lui, l’équipe s’écroule.
1. Le dernier tacle
C’est lui. Aliou Cissé en 2002 contre la France. Vieira à Arsenal. Nampalys Mendy contre le Brésil en 2022.
Ils ne marquent pas. Ils empêchent de prendre le but. Et ça, les statistiques ne le montrent pas.
2. Déconstruire pour détruire
Ce poste est fait pour « casser le jeu », avec des fautes tactiques et des cartons jaunes, parfois rouges.
Poste ingrat
Le Ballon d’Or va à celui qui dribble et qui marque.
Jamais à celui qui court 12 km, qui prend 3 fautes et qui permet aux autres de briller.
Vieira, Makelele, Kanté… on les reconnaît 10 ans après.
Patrick Vieira, c’est plus qu’un joueur. Il était un athlète complet, physique, technique et un leader doté d’une bonne intelligence stratégique.
En tant qu’Africain évoluant en Europe, il a porté toute la charge du « joueur trop fort, trop noir, trop agressif ».
Il reste ainsi un pionnier sur ce registre.
Lui demander de trouver un 6, c’est l’inviter à chercher un « Vieira sénégalais ». Pas un clone. Un profil.
En effet, le problème n’était pas que Koulibaly. Il était certes convalescent et manquait de compétition et de tonus.
Le problème, c’est : quand Koulibaly montait, qui couvrait derrière lui ?
Quand Gueye était cramé à la 70e, qui prenait le relais ?
On avait des 8 et des 10. On n’avait pas de 6 « sentinelle ».
Résultat : la France, la Norvège et la Belgique ont transpercé dans l’axe.
CE QU’IL NOUS FAUT MAINTENANT
1. Un destructeur : cartons assumés. Récupération. Duels.
2. Un relanceur : première relance propre sous pression. Comme Mendy, mais en plus jeune.
3. Un leader : qui parle, qui organise, qui prend les jaunes pour l’équipe.
Pour ce faire, trois propositions s’offrent à lui.
Centre FSF pour former 20 jeunes 6 par an capables de courir, tacler, lire le jeu. Pas dribbler.
Prime spéciale « cartons utiles » pour les 6 en sélection. Valoriser le sacrifice.
Aller chercher en D2 française, en Belgique, les « Vieira en devenir » qu’on loupe.
Souhaitons que Vieira nous trouve ce milieu. Un chien de garde avec une tête.
Parce que tant qu’on n’a pas un 6 de classe mondiale, on ne passera jamais les huitièmes en Mondial.
Mamadou Kassé nous laisse ainsi cette dernière réflexion sur les Lions.
Son dernier texte était consacré à la nécessité de renforcer cette équipe. Il nous quitte, mais son regard sur le football sénégalais demeure. Ce dernier article prend désormais une valeur particulière. Celle d’un dernier message, d’une dernière analyse et, peut-être, d’un dernier rendez-vous avec les Lions qu’il aimait tant voir briller. Repose en paix cher Doyen

