Le phénomène observé à Darou Mouhty pendant la période du Grand Magal de Touba soulève des interrogations légitimes, oscillant entre mécanisme tectonique et dynamique hydropédologique. L’analyse des données géologiques du bassin sénégalo-mauritanien permet d’évaluer la pertinence de ces deux axes explicatifs.
1. L’hypothèse hydropédologique (la plus probable)
Dans la zone sédimentaire du bassin central sénégalais, les manifestations de fissures ou d’affaissements soudains durant la saison des pluies découlent le plus souvent de processus de surface et de sous-sol proche :
Érosion interne et suffosion (piping) : Les infiltrations massives d’eaux de pluie entraînent les particules fines des sols sableux ou argilo-sableux en profondeur, créant des vides ou des conduits souterrains qui finissent par s’effondrer sous leur propre poids.
Fluctuation de la nappe phréatique : La recharge rapide de la nappe superficielle ou semi-captive modifie les pressions interstitielles dans le sol, réduisant sa résistance au cisaillement et provoquant des tassements différentiels.
Comportement des argiles : Les phénomènes d’humectation et de dessiccation répétés génèrent des phénomènes de retrait-gonflement capables d’ouvrir d’importantes fissures métriques en surface.
2. L’hypothèse tectonique (peu vraisemblable à court terme)
Bien que la plaque africaine soit parcourue par de grands réseaux de failles (comme la Zone de Cisaillement Centrafricaine), la dynamique tectonique locale présente un profil très distinct :
Stabilité de la marge passive : Le Sénégal se situe sur une marge passive stable. Si des failles profondes existent dans le socle sous la couverture sédimentaire, leur réactivation reste extrêmement rare et génère généralement des micro-séismes enregistrables par les sismographes avant toute manifestation de surface.
Absence de signature sismique : Un rejeu de faille d’origine tectonique capable de cisailler le sol de manière visible s’accompagne quasi systématiquement d’une secousse tellurique ressentie ou instrumentale.
Méthodologie scientifique recommandée pour trancher
Pour apporter une réponse définitive aux populations et écarter les spéculations, les interventions sur le terrain doivent combiner plusieurs disciplines :
Géophysique appliquée : Utilisation du radar de sol (GPR) et de la tomographie de résistivité électrique pour cartographier les cavités, vides ou discontinuités sous-jacentes jusqu’à 20 à 30 mètres de profondeur.
Relevés hydrogéologiques : Mesure des variations piézométriques de la nappe avant et après les épisodes pluviométriques intenses.
Essais géotechniques et pédologiques : Caractérisation de la granulométrie, de la plasticité et de la portance des sols touchés.
Mamadou Kassé

