Mondial 2026: De nombreuses questions sans réponses

Mondial 2026: De nombreuses questions sans réponses

La situation complexe qui secoue l’équipe nationale de football du Sénégal et la Fédération sénégalaise de football (FSF) suscite de nombreuses interrogations légitimes, surtout après l’élimination des Lions en 16es de finale de la Coupe du monde et le limogeage de Pape Thiaw.

Des clarifications précises sur les différents points soulevés s’imposent.

1. La destination des milliards gagnés grâce aux trophées africains

Le Sénégal a effectivement accumulé d’importantes primes financières grâce à ses performances historiques, notamment ses titres continentaux (CAN 2021, CHAN 2023), ainsi que sa victoire à la dernière CAN. Sans compter les matchs amicaux contre l’Angleterre, le Brésil, l’Arabie saoudite, ainsi que les soutiens et autres parrainages.

La FSF a-t-elle reçu cet argent ? Oui, les primes de la CAF et de la FIFA sont directement versées aux fédérations nationales.

Qu’en a-t-elle fait ?

Selon les textes de la FSF et du ministère des Sports, ces fonds servent principalement à :

  • Éponger les frais de logistique titanesques des campagnes (vols charters, hébergements de haut standing).
  • Verser les primes de performance dues aux joueurs et aux différents staffs techniques.
  • Financer le développement du football local, les infrastructures de formation et les autres catégories de sélections nationales (jeunes et équipes féminines).

La transparence autour de l’utilisation exacte de cette manne financière fait régulièrement l’objet de vifs débats entre l’opinion publique, le ministère et l’instance fédérale.

2. Le couac contractuel avec Pape Thiaw : un accord de dernière minute

Le renouvellement du contrat de Pape Thiaw a viré au feuilleton administratif. En réalité, le sélectionneur a débuté la Coupe du monde sans contrat officiel signé, ce qui a créé de lourdes tensions.

La FSF n’a pas pu contracter directement et sereinement avec lui pour deux raisons majeures :

  • Un conflit de compétences : les dirigeants de la FSF ont reproché à Pape Thiaw d’avoir court-circuité l’instance fédérale en négociant directement certaines revalorisations avec la ministre des Sports (Khady Diène Gaye). Ce bras de fer a bloqué le dossier pendant des mois.
  • Le dénouement dans l’urgence : le contrat n’a finalement été paraphé qu’à quelques heures du match contre la Norvège au Mondial, sous la pression et l’intervention personnelle du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour éviter que le coach ne refuse de diriger l’équipe. Son salaire avait finalement été fixé à 30 millions de FCFA nets par mois, assorti d’une clause de licenciement de 8 mois (soit 240 millions de FCFA), aujourd’hui effective après son limogeage.

3. Le timing entre la CAN et le Mondial

L’enchaînement des compétitions n’a pas été déterminé par la FSF, mais par le calendrier international. La CAN s’est achevée en janvier, tandis que la Coupe du monde a débuté en juin.

Ce laps de temps de cinq mois aurait dû servir de préparation idéale. Malheureusement, au lieu de planifier sereinement la campagne mondiale, cette période a été totalement polluée par :

  • Cinq mois d’arriérés de salaire non versés à Pape Thiaw.
  • Une crise interne larvée entre le staff technique, le ministère et la fédération concernant la prolongation du bail du sélectionneur.

4. Qui est le responsable de cette situation ?

Le fiasco de la préparation — qui a mené à l’élimination face à la Belgique (3-2 après prolongation, alors que le Sénégal menait 2-0 jusqu’à la 86e minute) — est le résultat d’une responsabilité partagée.

La FSF : pointée du doigt par le public pour son manque d’anticipation, sa rigidité administrative et sa gestion conflictuelle du cas Pape Thiaw, qui a plombé l’atmosphère de l’équipe avant le tournoi. Ne pouvait-elle pas anticiper pour aménager un dispositif transitoire qui préserve le groupe ?

Le ministère des Sports : responsable de l’enlisement institutionnel et des retards de paiement des salaires qui ont poussé le chef de l’État à intervenir en urgence. Les lenteurs administratives sont connues de tous.

Le staff technique : si Pape Thiaw était conforté par ses succès passés, la gestion tactique de la fin de match face à la Belgique a scellé son sort auprès du Comité exécutif de la FSF. A-t-il eu le temps de se concentrer sur son groupe avec des blessés à récupérer ? L’a-t-on mis dans les meilleures conditions de performance ?

Le limogeage de Pape Thiaw et de tout son staff technique marque la fin d’un cycle tumultueux, ouvrant désormais la voie à la reconstruction d’un nouveau projet pour les Lions de la Teranga.

Mamadou Kassé
Journaliste

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