POURVU QUE CHARLOTTE SOIT COMME RIYAD

POURVU QUE CHARLOTTE SOIT COMME RIYAD

En s’inclinant dimanche dernier face aux États-Unis à Charlotte (3-2), lors de leur premier match préparatoire sur la dernière ligne droite vers le Mondial, les Lions ont suscité plus de doutes que de certitudes. Au-delà du résultat négatif, c’est surtout la manière qui inquiète.

Malgré la déception relative à la prestation de l’équipe, il est cependant important de replacer ce match dans son contexte. L’enjeu de telles rencontres est de mieux situer ses forces et faiblesses afin d’apporter les correctifs nécessaires en faisant preuve de lucidité, et même de prendre des décisions courageuses concernant le choix des hommes et les options tactiques, en fonction des futurs adversaires.

C’est par exemple ce qui s’est passé à Riyad le 14 mai 2002 sur la route du Mondial Korea-Japan avec une défaite (3-2) face à l’Arabie Saoudite. C’est de là qu’est né un nouveau dispositif défensif concocté par Bruno Metsu : Pape Malick Diop et Lamine Diatta dans l’axe, Daf et Coly comme latéraux, Aliou Cissé avancé d’un pas et Salif Diao en premier rideau défensif. Le match amical victorieux de Totori au Japon contre l’Équateur, le 23 mai 2002, a ensuite permis d’éprouver cette nouvelle formule et de rassurer tout le groupe avec un sourire retrouvé dans les vestiaires. Visiblement, c’était de la bonne cuisine avec de nouveaux ingrédients. La suite, on la connaît bien avec ce coup de tonnerre à Séoul face à l’ogre français, alors Champion du monde et d’Europe, en match d’ouverture du Mondial.

Avant les grandes compétitions internationales, les derniers matches amicaux doivent bien servir à ça : tirer des enseignements et apporter les correctifs nécessaires en vue de la compétition finale. Et souvent, il faut dire que les défaites instructives sont plus utiles que des victoires trompeuses et qui endorment.

Pour ce match de Charlotte, il faut reconnaître que cette équipe US, celle de la première mi-temps, est bien préparée, déjà prête et avec des certitudes. Sans oublier qu’elle évoluait dans un environnement familier avec un public qui sait galvaniser ses joueurs avec des “USA, USA” tonitruants scandés du début à la fin du match.

En face, l’équipe “B” sénégalaise avec l’absence de cadres dans les différentes lignes : Mendy, Koulibaly, Gana, Pape Gueye, Ismaïla… était plutôt expérimentale et prenable. L’occasion était offerte à des joueurs, a priori sur le banc, de prouver qu’ils méritaient un meilleur statut. On peut dire qu’ils n’ont pas bien saisi les cartes proposées par l’entraîneur.

À ce propos, grosse déception pour Mory Diaw, Ismaël Jakobs, Moustapha Mbow qui a touché le fond, Abdoulaye Seck, Mamadou Sarr… Seuls le novice Bara Sapoko Ndiaye, divine surprise, et l’inusable Sadio ont surnagé dans ce naufrage collectif.

Beaucoup d’enseignements et beaucoup de boulot pour Pape Thiaw. En jouant ainsi avec autant d’erreurs défensives, le Sénégal n’aura aucune chance face aux redoutables attaquants français et norvégiens, sans oublier ce pressing haut qui sera une véritable équation à résoudre.

Espérons que Charlotte a été notre Riyad et qu’avec les nombreuses leçons tirées, le Sénégal aura un autre visage et une production plus convaincante face à l’Arabie Saoudite le 9 juin à San Antonio. Une équipe à prendre bien au sérieux : l’Argentine en sait quelque chose pour avoir été surprise par ces chevaliers du désert au Qatar. Ils ont généralement un collectif bien huilé et sont de bons manieurs de balle. Un test à ne pas rater pour le moral avant les choses sérieuses où les erreurs risquent d’être fatales.

Je pense cependant qu’il faut éviter de céder au catastrophisme comme on l’a constaté dans les réseaux sociaux ces derniers jours avec ces milliers de grands “connaisseurs” de football qui prédisent déjà le pire. C’est un sérieux coup de semonce et je reste convaincu qu’un Sénégal différent, conquérant avec ses meilleurs joueurs, une bonne tactique et un mental de fer pourrait dissiper tous ces doutes.

Les Lions n’ont-ils pas déjà montré tout dernièrement, au stade des Martyrs de Kinshasa et tout au long de la CAN au Maroc, qu’ils savent se surpasser en fonction de l’enjeu ? Même si la barre sera située à un niveau plus élevé à partir du 16 juin.

Il faut d’ores et déjà se réjouir du fait que certains enseignements aient été bien tirés pour la composition du groupe final. Le “here we go” de Pape Thiaw ne présente pas de grosses surprises, avec cependant comme faits notables la sortie de Moustapha Mbow et le maintien de Bara Sapoko Ndiaye, conséquence de leurs prestations totalement différentes à Charlotte.

Alea jacta est. On attend impatiemment l’entrée en lice des Lions dans ce Mondial de tous les records, en souhaitant ardemment qu’ils rallument la belle flamme de Korea-Japan 2002 et de Maroc 2025.

Cheikh Tidiane Fall

Ancien Rédacteur en Chef du Soleil

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