RDC, Sénégal, Égypte, Afrique du Sud, Ghana, Côte d’Ivoire, Tunisie, Maroc, Cap-Vert, Algérie
On a tous vu le même film 10 fois. 85e minute : on tient. 90e+3 : on craque.
1. LES FAITS : Les matchs qui ont basculé
Équipe – Le scénario – Minute du but encaissé/marqué
Sénégal : 1-1 vs Belgique. Penalty contesté après la pression du banc adverse – 88e
Maroc : Mène 1-0 vs Brésil. Égalisation sur corner puis contre en transition – 90e + 4
Égypte : 2-2 vs Angleterre. But sur CPA mal dégagé – 90e + 2
Côte d’Ivoire : 0-0 vs Allemagne. Débordement + centre en retrait – 89e
Ghana : 1-1 vs Corée. Tête sur le deuxième ballon après un cafouillage – 90e + 6
Tunisie : 0-0 vs France. Penalty après intervention de la VAR – 90e + 1
Algérie : 2-1 vs Pays-Bas. Perte de balle bête à la relance – 87e
RDC : 1-0 vs Portugal. Coup franc direct – 90e + 3
Afrique du Sud : 1-1 vs Japon. But au deuxième poteau, marquage lâché – 90e + 5
Cap-Vert : 0-0 vs Croatie. Frappe lointaine déviée – 88e
Résultat : 10 équipes africaines, 0 qualifiée. 8 buts encaissés après la 85e minute.
2. POURQUOI ? COMMENT ? Les 4 raisons
1. Physique et banc : Le mur de la 80e minute
Les Européens et les Sud-Américains font cinq changements pour mettre du sang neuf. Nous, on finit souvent avec les mêmes onze. À la 85e, les jambes ne répondent plus. Les transitions adverses deviennent des boulevards.
2. Gestion mentale : Le syndrome du “on y est presque”
À cinq minutes de la fin, le cerveau bascule : “Protéger le score” au lieu de “jouer pour gagner”. Résultat : bloc très bas, on subit, on concède des corners et des CPA. Et sur CPA, on sait…
3. Expérience des détails : L’arbitrage + la VAR + le cynisme
Comme on l’a dit pour Garcia : les bancs adverses mettent la pression. Les joueurs adverses simulent, perdent du temps, parlent à l’arbitre. Nos joueurs et nos coachs, souvent sous sanction ou par “fair-play”, ne répondent pas. L’arbitre gère le bruit, pas le jeu.
4. Manque de tueurs
Quand on mène, on ne tue pas le match. 1-0, c’est dangereux. Il faut le 2-0 à la 70e. Les équipes asiatiques l’ont compris : elles encaissent, mais elles marquent aussi tard. Nous, on subit tard.
3. QUELLES LEÇONS EN TIRER ?
Sur le terrain
- Préparation physique spécifique “90+5” : Travailler les 15 dernières minutes comme un match à part. Faire entrer des remplaçants à fort impact dès la 60e minute, pas à la 80e.
- Spécialistes des situations : Avoir deux joueurs “froids” pour garder le ballon dans le camp adverse. Comme le Japon. Faire tourner, provoquer des CPA pour nous.
- Capitaines qui parlent : Même si le coach est muet, il faut un capitaine qui va vers l’arbitre, qui gère le tempo, qui casse le jeu.
Hors du terrain
- Staff psychologique : Préparer les joueurs à la pression des dernières minutes. C’est 50 % mental.
- Poids institutionnel : La CAF et les fédérations doivent porter les dossiers d’arbitrage après les matchs. Le silence ne protège plus.
- Culture de la gagne : Arrêter de “bien jouer”. Il faut gagner moche à la 90e. Les équipes asiatiques l’ont fait. Elles ne s’en offusquent pas, elles gagnent.
Ce n’est pas une malédiction. C’est un écart de professionnalisme dans les détails.
Les dix dernières minutes, c’est là qu’on voit qui a un projet et qui est juste venu “participer”.
Le prochain Mondial se prépare sur ces cinq minutes-là.
Touchons au cœur de la grande mutation invisible de ce Mondial 2026.
L’allongement massif du temps de jeu global, combiné à l’instauration de ces nouvelles pauses fraîcheur obligatoires de trois minutes (aux 22e et 67e minutes de chaque match, indépendamment du climat), a totalement redessiné le profil athlétique et mental des fins de match.
La baisse de régime des sélections africaines dans les dernières minutes s’explique en grande partie par cette nouvelle donne.
1. Le piège des pauses fraîcheur : Une fausse récupération
Sur le papier, s’arrêter trois minutes à la 67e minute devrait aider à tenir physiquement. En réalité, c’est un piège biologique et tactique :
La rupture du rythme cardiaque et neuromusculaire : le football est un sport d’endurance intermittente. Couper brutalement l’effort pendant trois minutes fait chuter le rythme cardiaque et refroidit légèrement les muscles. Repartir à fond après cela demande une débauche d’énergie supérieure pour se remettre “dedans”.
L’impact psychologique : pour une équipe qui subit, cette pause est une bouée de sauvetage. Pour une équipe qui domine ou qui gère son avantage, elle coupe net le momentum. Elle réinjecte de la lucidité chez l’adversaire (qui se réorganise tactiquement avec son coach), alors que le chaos du match jouait en notre faveur.
2. Le mythe des “90 minutes” : Nous jouons désormais des matchs de 105 à 110 minutes
Pointer du doigt le temps additionnel me semble être un premier constat. Puisque la FIFA récupère chaque seconde perdue (les six minutes cumulées des deux pauses fraîcheur, la VAR, les célébrations et les nouvelles restrictions de cinq secondes sur les remises en jeu), le temps de jeu effectif a explosé.
Un joueur ne se prépare plus pour 90 minutes, mais pour 105 ou 110 minutes d’intensité par match.
La baisse de régime à la 88e minute correspond, physiologiquement, au moment où le réservoir de glycogène est totalement vide. C’est là que le système nerveux lâche : le marquage se relâche d’un mètre, le replacement prend deux secondes de plus. L’édifice s’effondre.
3. Comment évaluer cette nouvelle règle de la FIFA ?
L’évaluation de cette réforme oscille entre cynisme commercial et opportunité tactique mal exploitée.
Mamadou Kassé, journaliste

