Malgré un environnement international marqué par des incertitudes persistantes, le Sénégal a réussi à maintenir en 2025 une trajectoire budgétaire relativement stable. Le rapport trimestriel d’exécution du budget arrêté au 31 décembre met en évidence une mobilisation soutenue des recettes, une gestion contenue des dépenses publiques et une réduction significative du déficit. Ces performances traduisent les efforts du gouvernement pour consolider les finances publiques tout en accompagnant la dynamique de croissance économique.
L’année 2025 s’est déroulée dans un contexte économique mondial caractérisé par une croissance stable estimée à 3,3%, en dépit des tensions commerciales et géopolitiques. Au niveau national, l’économie sénégalaise a affiché une croissance de 6,7%, soutenue principalement par l’exploitation des hydrocarbures, notamment le gaz et le pétrole, ainsi que par les performances du secteur agricole.
Une mobilisation des recettes globalement satisfaisante
Cette dynamique économique a eu un impact direct sur les recettes publiques. À fin décembre 2025, les recettes du budget général se sont élevées à 4 477,1 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 98,8% par rapport aux prévisions. En comparaison avec l’année précédente, elles ont progressé de 11,8%, traduisant une amélioration notable de la mobilisation des ressources internes.
Les recettes fiscales, qui constituent l’essentiel des ressources de l’État, ont atteint 4 087,4 milliards de FCFA, soit 99,6% de l’objectif annuel. Cette performance repose sur la progression simultanée des impôts directs et indirects. L’impôt sur les sociétés s’est particulièrement distingué, porté par l’essor du secteur extractif, avec une hausse significative liée à l’entrée en production des projets pétroliers et gaziers.
Toutefois, certaines composantes fiscales présentent des résultats plus contrastés. L’impôt sur le revenu, par exemple, reste en deçà des prévisions, tandis que certaines taxes liées aux produits pétroliers ont été affectées par la transition énergétique opérée dans le pays. En effet, la substitution progressive du fuel lourd par le gaz naturel liquéfié dans la production électrique a réduit l’assiette taxable de certaines taxes.
Les recettes non fiscales ont, quant à elles, enregistré une progression remarquable, atteignant 287,4 milliards de FCFA, soit 111,1% de l’objectif annuel. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des revenus du domaine, des dividendes et des redevances issues des télécommunications. Elle reflète également une meilleure valorisation des actifs publics.
En revanche, les dons extérieurs ont été mobilisés à hauteur de 102,3 milliards de FCFA, soit seulement 60,2% de la cible annuelle. Cette sous-performance constitue l’un des principaux points de fragilité de l’exécution budgétaire, limitant la capacité de financement de certains projets publics.
Des dépenses publiques maîtrisées malgré des contraintes
Sur le plan des dépenses, l’État a adopté une approche prudente, avec un niveau d’exécution global de 93,9%. Les dépenses totales se sont établies à 5 864,6 milliards de FCFA, en deçà des prévisions initiales. Cette maîtrise relative des dépenses a contribué à contenir les déséquilibres budgétaires.
Les dépenses ordinaires, qui représentent la plus grande part du budget, ont atteint 4 392,9 milliards de FCFA. Elles sont dominées par la masse salariale et les transferts courants. La masse salariale s’élève à 1 454,1 milliards de FCFA, soit près du quart des dépenses totales. Elle reste fortement concentrée dans les secteurs de l’éducation et de la formation professionnelle, qui absorbent une part importante des effectifs de la fonction publique.
Les transferts courants ont été exécutés à hauteur de 1 456,0 milliards de FCFA. Ils ont permis de soutenir plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, l’enseignement supérieur, la santé et certaines entreprises publiques. Les subventions au secteur énergétique, en particulier, représentent une part importante de ces dépenses, traduisant les efforts de l’État pour maintenir des prix accessibles aux populations.
Les dépenses d’acquisition de biens et services ont été globalement maîtrisées, enregistrant même une légère baisse par rapport à l’année précédente. Cette évolution traduit les efforts de rationalisation engagés par les autorités pour améliorer l’efficacité de la dépense publique.
En revanche, les dépenses en capital, destinées à financer les investissements publics, ont été exécutées à hauteur de 1 471,8 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 78,4%. Ce niveau relativement faible s’explique par plusieurs facteurs, notamment les lenteurs administratives, les contraintes liées aux procédures de passation des marchés et les exigences accrues en matière de préparation des projets.
Les investissements financés sur ressources internes restent limités, tandis que ceux financés par des partenaires extérieurs affichent également un retard, avec un taux d’exécution de 72%. Malgré cela, les ressources mobilisées ont été orientées vers des secteurs prioritaires tels que les infrastructures, l’hydraulique, l’énergie et le développement social.
Un déficit budgétaire en baisse dans un contexte de consolidation
L’un des faits marquants de l’exécution budgétaire 2025 réside dans la réduction du déficit public. Celui-ci s’est établi à 1 387,5 milliards de FCFA, soit 6,44% du PIB, un niveau inférieur à la cible initiale fixée à 7,82%. Cette amélioration traduit les efforts de discipline budgétaire consentis par les autorités.
Cette performance s’explique par une combinaison de facteurs. D’une part, la mobilisation des recettes a été globalement conforme aux attentes, avec un taux de recouvrement proche des prévisions. D’autre part, l’exécution des dépenses a été plus modérée que prévu, notamment en ce qui concerne les investissements publics.
La gestion de la trésorerie de l’État a également été marquée par un équilibre global. Les ressources mobilisées ont permis de couvrir l’ensemble des charges, avec un léger excédent de financement. Cette situation reflète une gestion rigoureuse des flux financiers et une meilleure planification budgétaire.
Par ailleurs, l’apurement des arriérés de paiement a connu des avancées significatives, avec un taux de réalisation de 94,6%. Cette amélioration contribue à renforcer la crédibilité de l’État auprès de ses partenaires économiques et financiers, tout en soutenant l’activité du secteur privé.
Malgré ces résultats encourageants, des défis subsistent. La dépendance aux recettes fiscales, la faible mobilisation des dons extérieurs et les retards dans l’exécution des investissements publics constituent des contraintes importantes pour la politique budgétaire. À moyen terme, la consolidation des finances publiques passera par le renforcement de la mobilisation des ressources internes, l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique et l’accélération de la mise en œuvre des projets d’investissement.
El Hadji Ibrahima FAYE

