Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a remis au centre du débat la question de la dette publique sénégalaise héritée de l’ancien régime. Dans un entretien accordé à France 24, il a estimé qu’une partie de cette dette pourrait relever de la notion de « dette odieuse », ouvrant ainsi la voie à une réflexion sur les possibilités de remise en cause ou de renégociation de certains engagements financiers contractés par le passé.
Le leader de PASTEF a expliqué que les nouvelles autorités avaient fait le choix de la transparence en exposant sans détour l’état réel des finances publiques. Selon lui, cette démarche était indispensable pour restaurer la confiance et bâtir une gestion économique plus saine.
« Nous avons choisi de partir sur une base saine », a-t-il affirmé, considérant qu’une politique de dissimulation des difficultés budgétaires aurait eu des conséquences encore plus lourdes pour l’économie nationale.
Tout en reconnaissant qu’un État doit respecter les engagements qu’il a librement contractés, Ousmane Sonko estime néanmoins que certaines dettes méritent un examen approfondi en raison des conditions dans lesquelles elles auraient été souscrites. C’est dans ce cadre qu’il a renouvelé son plaidoyer en faveur d’un débat international sur la notion de « dette odieuse », un concept juridique et politique invoqué dans certains cas pour contester la légitimité de dettes contractées sans bénéfice réel pour les populations.
L’ancien Premier ministre a également évoqué la période durant laquelle il dirigeait le gouvernement. Il a indiqué qu’il ne disposait pas alors de tous les instruments institutionnels nécessaires pour faire avancer ce dossier comme il l’aurait souhaité. Il a toutefois assuré que sa position sur cette question est restée constante et qu’elle est partagée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Abordant la gestion actuelle de la dette, Ousmane Sonko a réaffirmé son opposition à toute solution qu’il qualifie de « restructuration sauvage ». Selon lui, lorsque son équipe était aux commandes du gouvernement, le Sénégal continuait à honorer ses engagements financiers et ne se trouvait pas dans une situation de défaut de paiement. Cette stabilité permettait, à ses yeux, de poursuivre les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) dans un cadre maîtrisé et sans mesures extrêmes.
Le président de l’Assemblée nationale a toutefois reconnu que l’environnement économique mondial s’est considérablement complexifié. Les tensions géopolitiques, les incertitudes sur les marchés financiers et le ralentissement de la croissance internationale réduisent aujourd’hui les marges de manœuvre des États, y compris celles du Sénégal.
Face à ces défis, il a indiqué que les autorités suivront avec attention l’évolution de la situation avant de prendre d’éventuelles décisions. Il a également rappelé que l’Assemblée nationale dispose de prérogatives constitutionnelles lui permettant d’intervenir dans les grands choix stratégiques si ceux-ci devaient s’éloigner des objectifs de transformation économique et sociale fixés par les nouvelles autorités.
Pour Ousmane Sonko, la gestion de la dette ne peut se limiter à une approche purement comptable. Elle doit s’inscrire dans une vision plus globale visant à préserver la souveraineté économique du pays tout en poursuivant les réformes structurelles destinées à soutenir la croissance, l’emploi et le développement social. La question de la dette apparaît ainsi comme l’un des principaux enjeux du nouveau cap économique que les autorités entendent imprimer au Sénégal.
EL IBRAHIMA FAYE

