CÉLÉBRER ABDOULAYE WADE: CENT ANS DE VIE ET D’AVENTURES SINGULIÈRES

CÉLÉBRER ABDOULAYE WADE: CENT ANS DE VIE ET D’AVENTURES SINGULIÈRES

Célébrer le centenaire du président Abdoulaye Wade — une figure dont l’impact sur le Sénégal et l’Afrique est indéniable — est l’occasion parfaite pour transcender l’homme et interroger l’héritage. Comment faire en sorte que l’élan d’une génération devienne la structure des générations futures ?

Pour bâtir une société qui survit aux hommes et installe le « commun vouloir de vie commune » comme un sacerdoce, il faut articuler son projet autour de quatre piliers fondamentaux : l’Individu, le Citoyen, l’État et la Nation.

  1. Le projet sur l’Homme : refonder l’Individu par l’Éducation

Pour qu’un projet de société dépasse les intérêts immédiats et éphémères, il faut former un type d’homme nouveau. Abdoulaye Wade a souvent insisté sur le « capital humain ».

L’éthique dès l’enfance : l’honnêteté, le respect du bien public (le refus de l’impunité) et le sens du devoir doivent être enseignés non pas comme des concepts abstraits, mais comme des compétences de vie, au même titre que les mathématiques.

La culture du long terme : sortir du culte de l’immédiateté (le gain facile) pour valoriser l’effort, la patience et la construction durable.

  1. Le projet sur le Peuple : transformer l’Individu en Citoyen

Un peuple n’est pas une simple somme d’individus ; c’est une communauté de responsabilités. Pour ériger l’intérêt du peuple en sacerdoce, le citoyen doit devenir le gardien des institutions.

Le patriotisme constitutionnel : les citoyens doivent être éduqués à aimer et à défendre non pas un leader, mais les lois et les institutions de la République. Quand on s’attache à une Constitution plutôt qu’à un homme, la Nation devient invulnérable aux crises de succession.

La sacralisation du bien commun : les concepts de « Soutoura » (discrétion, pudeur) ou de « Ngor » (honneur) dans la culture sénégalaise doivent être transposés dans l’espace public. Détourner les deniers publics ou privilégier son intérêt personnel doit devenir socialement inacceptable et moralement disqualifiant.

  1. Le projet sur l’État : des institutions fortes plutôt que des hommes forts

Comme le dit une célèbre formule, l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. Pour placer le projet sociétal au-dessus de l’individu :

La dépersonnalisation du pouvoir : l’État doit fonctionner comme une machine prévisible et juste, indépendamment de la couleur politique ou de l’identité de celui qui le dirige.

La continuité de l’État : les grands projets d’infrastructure ou de développement (comme la vision panafricaine ou les grands travaux initiés sous Wade) ne doivent pas être stoppés ou effacés par les successeurs, mais intégrés dans un Plan national de développement à long terme (sur 30 ou 50 ans), voté et protégé par des verrous constitutionnels.

L’exemplarité au sommet : l’éthique ne se décrète pas, elle s’infuse par l’exemple. Les dirigeants doivent être les premiers soumis aux règles de transparence.

  1. La survie de la Nation : le « commun vouloir de vie commune »

Le Sénégal possède un trésor immatériel rare : son modèle de cohésion sociale, de dialogue interreligieux et interethnique (le cousinage à plaisanterie, la Teranga).

Pour pérenniser ces acquis :

Un récit national partagé : il faut écrire et enseigner l’histoire contemporaine du Sénégal en y incluant toutes ses figures (les érudits spirituels, les leaders politiques de tous bords, les intellectuels), non pas pour créer des idoles, mais pour montrer que la Nation est une œuvre collective continue.

La justice sociale comme ciment :

Aucune nation ne peut survivre si une partie de sa population se sent exclue du projet commun. Le « commun vouloir » exige que les fruits de la croissance soient équitablement répartis, notamment vers la jeunesse et les régions périphériques.

En conclusion :

Passer du Leader au Sacerdoce

Célébrer les 100 ans d’Abdoulaye Wade, c’est comprendre que les grands hommes allument des mèches, mais que c’est au peuple de maintenir le feu sacré.

Pour que l’éthique devienne un sacerdoce, elle doit être institutionnalisée : dans les écoles, dans les lois et dans les pratiques quotidiennes.

C’est en transformant la vision d’un homme en une culture nationale que le Sénégal continuera de rayonner et de tracer l’avenir de l’Afrique.

Mamadou Kassé
Journalist
e

madoukasse@yahoo.fr

administrator

Related Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *