“Comparaison n’est pas raison”. Ce vieil adage a bien été compris par les Sénégalais : par l’expérience vécue et par les faits qui viennent balayer les certitudes préétablies.
Le succès de la Coupe du Monde 2002, en Corée-Japon, a été porté par des joueurs anonymes, sortis de clubs encore dans l’ombre. Dirigés par un entraîneur guidé par un plan de carrière bien structuré, ces joueurs, dont certains avaient des talents insoupçonnés, partageaient un même projet : se révéler à la face du monde et démontrer que le Sénégal, ce petit pays africain, existe.
C’est cette ambition d’exister et cette volonté de bâtir un projet commun qui faisaient la valeur de cette équipe.
À la différence de 2002, le groupe de 2026 est ce qu’on peut appeler la “génération dorée”. Celle qui avait déjà tout gagné avant le Mondial. Elle est venue rassasiée et pleine de certitudes quant à ses forces. En remportant la CAN de si belle manière, dans un contexte pourtant hostile, les Lions avaient déjà annoncé la couleur sur leurs ambitions. Plongés dans l’euphorie de la victoire, dirigeants et joueurs n’ont pas vu venir.
Partis sans préparation aucune, ni sur le plan de la mobilisation et de l’adhésion populaire, ni sur le plan psychologique et mental, ni dans la préparation physique et tactique, le groupe de 2026 s’est rendu aux USA avec une seule certitude : jouer avec les grands et démontrer que nous sommes les champions d’Afrique. Mais ils avaient sans doute oublié que le football est inscrit dans l’espace et le temps de la vérité. Pour être les meilleurs, il faut travailler, encore travailler, toujours travailler.
Le groupe de 2026 a dormi sur ses lauriers, ignorant les vérités du sport. Parti avec une sélection bancale, constituée de deux groupes : celui des ténors en fin de carrière ayant fait les beaux jours de la tanière, et celui des jeunes à peine sortis de leur coquille. Cette alchimie a sans doute été le premier couac. Une sélection exigeait des joueurs aguerris et non vieillissants, jeunes mais pas frêles. En voulant jouer sur le registre de “l’amalgame”, Pape Bouna Thiaw s’est sabordé sans en prendre conscience.
Il a oublié une leçon de l’histoire : les grands clubs et les grandes sélections ont toujours évolué avec des joueurs physiquement, techniquement et tactiquement au top et au même niveau. Même le Brésil ne s’est renforcé que d’un seul très jeune joueur de 17 ans : Pelé. Pas plus. Vouloir sélectionner de jeunes joueurs pour les scotcher sur le banc n’a pas été une bonne idée.
Thiaw n’avait pas la profondeur de banc souhaitée et la colonne vertébrale de l’équipe était vieillissante et à bout de souffle.
Voilà pourquoi 2002 est totalement différent de 2026 : sur la méthode et l’organisation, sur la forme de préparation, sur la mobilisation, sur l’environnement socioculturel, sur la créativité des acteurs culturels, musiciens et autres créateurs. Bref, 2026 ne ressemble en rien à 2002. Et c’est bien dommage, car 24 ans après, on aurait dû s’inspirer de cette épopée.
Mamadou Kassé, Journaliste

