ÉQUIPE NATIONALE: QUELS CRITÈRES POUR CHOISIR UN ENTRAÎNEUR ?

ÉQUIPE NATIONALE: QUELS CRITÈRES POUR CHOISIR UN ENTRAÎNEUR ?

Pour choisir un entraîneur, il faut effectivement des préalables. On ne choisit pas n’importe quel entraîneur pour n’importe quel pays. Ce dont le pays a besoin doit être le premier critère, que l’on peut appeler la vision. Cette vision repose sur un diagnostic clair des forces et des faiblesses, des atouts et des opportunités, des risques et des vulnérabilités.

Une équipe nationale est l’émanation d’un football. Quelles sont les forces et les faiblesses sur tous les plans ? Administratif, technique, médical, infrastructurel, environnemental. C’est tout l’écosystème qu’il faut présenter dans le cahier des charges.

Ensuite, il faut déterminer les objectifs, les résultats à court, moyen et long termes, les éléments de gestion par les résultats, le suivi-évaluation.

Les conditions de travail, ainsi que les conditions de prise en charge et de vie.

Voilà des préalables qu’il faut prendre en compte dans le projet.

Ce sont là les bases d’une véritable gouvernance stratégique du sport, loin du pilotage à vue ou des choix émotionnels qui caractérisent trop souvent la nomination des sélectionneurs.

Recruter un entraîneur sans ce diagnostic préalable, c’est comme acheter un moteur de Formule 1 pour le monter sur une voiture de rallye (ou inversement), sans même savoir si on a des mécaniciens pour l’entretenir ou du carburant pour la faire rouler.

Pour structurer et formaliser cette approche, une synthèse de la feuille de route doit être prête à être intégrée dans un véritable cahier des charges fédéral.

1. La Vision : le diagnostic global (analyse SWOT de l’écosystème)

Avant de chercher l’homme providentiel, il faut radiographier le football national sous cinq angles critiques :

Administratif et institutionnel : la fédération est-elle stable ? Les processus de décision sont-ils clairs ? Quelle est la qualité de la relation avec le ministère des Sports ?

Technique et sportif : quel est le vivier local ? Quelle est la qualité de la formation des jeunes ? Quel est le profil athlétique et tactique historique des joueurs du pays ?

Médical et performance : le staff médical dispose-t-il de technologies de pointe (data, récupération, suivi de charge) ?

Infrastructurel : quel est l’état des terrains d’entraînement, des stades, des centres de formation et de l’hébergement ?

Environnemental et culturel : quelle est la pression médiatique ? Quelles sont les attentes du public ? Quel est le contexte politique ou économique pouvant impacter le football ?

2. La feuille de route : objectifs et pilotage (GAR)

L’entraîneur n’est pas juste un coach de terrain, c’est un manager de projet qui doit s’aligner sur la Gestion axée sur les résultats (GAR).

Planification temporelle

Court terme : résultats immédiats (qualification pour la prochaine compétition, stabilisation du vestiaire).

Moyen terme : implantation d’une identité de jeu, intégration progressive des binationaux ou des jeunes talents locaux.

Long terme : structuration de la Direction technique nationale (DTN), qualification régulière aux tournois majeurs, professionnalisation du championnat local.

Suivi et évaluation

Indicateurs clés de performance (KPI) : le contrat doit inclure des critères d’évaluation clairs (classement FIFA, ratio de victoires, nombre de jeunes lancés, respect de la discipline budgétaire et comportementale). Des bilans semestriels ou post-compétition doivent être institutionnalisés.

3. Le cadre opérationnel : moyens et conditions

Pour exiger des résultats, l’institution doit être irréprochable sur l’environnement de travail fourni :

Logistique et prise en charge : budget pour les déplacements, qualité des conditions de voyage (vols charters ou lignes régulières), hébergement de standing international lors des rassemblements.

Moyens de vie de l’entraîneur : lieu de résidence (obligation de résider dans le pays pour observer le championnat local ?), staff technique d’appui (adjoints, analystes vidéo, préparateurs physiques de son choix ou locaux ?).

Autonomie managériale : définition stricte de la frontière entre le pouvoir politique ou fédéral et le pouvoir sportif du sélectionneur (qui établit la liste ?).

En somme, c’est le passage d’une culture du « sélectionneur-pompier » (appelé à la hâte pour sauver les meubles) à celle du « sélectionneur-bâtisseur », dont le profil est mathématiquement déduit des besoins réels du pays.

Mamadou Kassé, journaliste

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