Bonne gouvernance : Les textes, les institutions et les hommes

Bonne gouvernance : Les textes, les institutions et les hommes

Les Nations Unies ont édicté les principes de bonne gouvernance soumis à la communauté internationale. La transparence dans la gestion des ressources publiques, la lutte contre la corruption et la reddition des comptes font partie des instruments imposés à tous les pays du monde.

Les institutions internationales de veille et de notation évaluent chaque année les avancées de chaque État par rapport à ces dispositions. Ces évaluations portent sur la mise en conformité des textes nationaux avec les conventions internationales, la mise en place d’institutions fortes et le respect scrupuleux des dispositifs par l’ensemble des acteurs : l’État (Exécutif, Législatif, Judiciaire) et les citoyens.

La faille des critères internationaux

La faiblesse des instruments internationaux est qu’ils n’ont nullement prévu, de manière particulière, la notation de la démocratie, de la régularité des processus électoraux et des alternances. Cette carence donne le sentiment que la démocratie et l’alternance ne sont pas évaluées et qu’aucune plus-value n’est accordée à l’expression des citoyens. C’est en cela qu’une certaine frustration peut naître du côté des peuples qui posent, au prix de sacrifices énormes, les conditions d’une véritable démocratie.

Ni dans les grilles de notation, ni dans les institutions financières, ni dans l’appréciation de la valeur de la démocratie, la contrepartie citoyenne n’a été prise en compte. En définitive, la bonne gouvernance ne s’apprécie que trop souvent à l’aune de la capacité de remboursement des crédits octroyés par les institutions financières.

Le cas du Sénégal : Le défi de l’humain

Au Sénégal, des avancées sont notées dans l’élaboration des textes et la création d’institutions fortes. Cependant, les textes et les institutions ne valent que par les hommes qui les appliquent et les font valoir.

Il faut donc s’investir dans le respect des textes, dans la valorisation des institutions, mais aussi et surtout dans l’exemplarité dont les responsables sauront faire preuve. C’est sans doute en donnant des gages de transparence, de respect des ressources et du patrimoine public que les dirigeants assiéront les conditions d’une véritable bonne gouvernance au Sénégal.

Simple piqûre de rappel

Ce texte constitue une simple piqûre de rappel. Il met le doigt sur le décalage entre les grilles d’évaluation internationales et la réalité vécue par les citoyens.

Ce que le texte dit en 3 idées clés

1. Les outils existent, mais ils sont incomplets

L’ONU et les institutions de notation insistent sur la transparence, la lutte contre la corruption et la reddition des comptes. La faille majeure réside dans le fait que la démocratie, la régularité des élections et l’alternance pacifique ne sont pas notées en tant que telles. Du coup, un État peut être « bien noté » sans que le peuple n’en ressente les bénéfices réels.

2. La bonne gouvernance réduite à la solvabilité

En pratique, le critère roi devient financier : « Est-ce que l’État rembourse ses crédits ? » Résultat, les textes et les institutions sont créés pour rassurer les bailleurs de fonds, et pas forcément pour répondre aux attentes des citoyens, ce qui nourrit la frustration.

3. Au Sénégal : les textes existent, il manque l’exemplarité

OFNAC, Cour des comptes, ARCOP (ex-ARMP), Inspection générale d’État (IGE)… le cadre institutionnel est bien là. Mais les textes et les institutions ne valent que par les hommes qui les appliquent. Sans transparence ni exemplarité des responsables, tout cela reste de belles intentions sur du papier.

Le vrai nœud du problème : la « contrepartie citoyenne »

Les grilles internationales évaluent l’État, mais pas la confiance du peuple. Or, la bonne gouvernance commence lorsque le citoyen sent que sa voix compte et que l’argent public n’est pas dilapidé.

C’est pourquoi les mobilisations populaires, au Sénégal et ailleurs, ont souvent plus d’impact que dix rapports d’évaluation : elles forcent l’alternance et rappellent que la souveraineté appartient au peuple.

Question ouverte : L’arrivée de l’OFNAC avec ses nouvelles prérogatives — notamment le contrôle renforcé des marchés publics et le pouvoir direct de saisir la justice — peut-elle combler cette carence citoyenne ? Ou faut-il encore autre chose pour que les populations ressentent un véritable changement ?

Mamadou Kassé

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