VISITE DE PATRICE MOTSEPE À DAKAR : UN SÉJOUR INUTILE CAR SANS EFFET SUR LA CRISE POST-CAN

VISITE DE PATRICE MOTSEPE À DAKAR : UN SÉJOUR INUTILE CAR SANS EFFET SUR LA CRISE POST-CAN

Ne nous y trompons pas : la visite à Dakar du Président de la Confédération Africaine de Football n’avait ni la portée, ni les moyens, ni même la volonté réelle de résoudre la crise post-CAN. Elle relève davantage d’une opération de communication que d’une démarche de gouvernance responsable.

Dans un contexte marqué par une contestation profonde des décisions de la CAF, ce déplacement apparaît comme une tentative maladroite de reprendre la main… sans en avoir les leviers.

UNE CAF DÉSAISIE, HUMILIÉE PAR LE TAS

Le fait est brutal : la CAF ne maîtrise plus ses propres compétitions.
En entérinant des décisions contestées et en laissant le contentieux dériver vers le Tribunal arbitral du sport, l’instance dirigée par Patrice Motsepe a acté sa propre mise sous tutelle juridictionnelle.

Ce n’est pas un simple revers. C’est un désaveu.

Une confédération qui ne peut plus régler ses litiges en interne, qui voit ses décisions systématiquement contestées et exportées vers une juridiction externe, est une institution affaiblie, voire disqualifiée.

UNE DÉMISSION FACE AUX RESPONSABILITÉS SÉCURITAIRES

Plus grave encore, la CAF a purement et simplement abandonné ses responsabilités en matière de sécurité.
L’affaire des 18 otages sénégalais retenus au Maroc en est une illustration flagrante. Là où une organisation responsable aurait activé ses mécanismes de protection, la CAF s’est retranchée derrière un silence gêné, renvoyant la situation à un tête-à-tête diplomatique entre le Sénégal et le Maroc.
Autrement dit : la CAF organise la CAN, mais n’assume pas ses responsabilités.
Cette posture est inacceptable au regard des standards internationaux du sport, où la sécurité des acteurs n’est pas une option, mais une obligation. Et, dans la gouvernance sportive moderne, les spectateurs sont parties prenantes de l’événement au même titre que les joueurs, les officiels et l’encadrement technique et administratif.

UNE CRISE DE CRÉDIBILITÉ QUI N’EST PLUS DISSIMULABLE

Depuis plusieurs années, les mêmes critiques reviennent, avec une insistance devenue assourdissante :
commissions contestées,
arbitrage décrié,
décisions incohérentes,
soupçons d’influence.

La CAF souffre aujourd’hui d’un mal profond : une crise de confiance.
Et dans le sport de haut niveau, la confiance est une monnaie plus précieuse que les trophées.
La perception d’une proximité troublante avec certaines instances, notamment la FIFA ou la Fédération royale marocaine de football, ne fait qu’aggraver ce déficit de crédibilité.

DAKAR : UNE VISITE SANS OBJET

Dans ces conditions, que pouvait réellement accomplir Patrice Motsepe à Dakar ?
Rien.
Le dossier est déjà entre les mains du Tribunal arbitral du sport ;
La CAF s’est déclarée impuissante sur la question des otages sénégalais ;
Sa parole est fragilisée par un déficit de crédibilité.
Cette visite n’avait donc ni objet, ni effet.
Elle ressemble à ces déplacements officiels qui cherchent à donner l’illusion de l’action, alors même que les décisions se prennent ailleurs.

ET SI LE VRAI SUJET ÉTAIT AILLEURS ?

Une question dérange, mais elle mérite d’être posée :
Et si cette visite n’avait rien à voir avec la crise visible ?
Et si le véritable enjeu était lié aux soupçons de corruption évoqués par les autorités sénégalaises et les avocats de la Fédération Sénégalaise de Football ?
Dans ce cas, le déplacement du Président de la CAF ne relèverait plus de la gestion de crise… mais d’une tentative de contrôle des dégâts.

UNE CAF EN PERTE D’AUTORITÉ

Ce que révèle cette séquence, ce n’est pas seulement l’inefficacité d’une visite.
C’est la perte d’autorité d’une institution.
Une CAF qui :
ne tranche plus,
ne protège plus,
ne convainc plus.
Une CAF qui subit, au lieu de diriger.
Et dans ce contexte, la présence de Patrice Motsepe à Dakar n’aura été, au mieux, qu’un symbole creux.
Au pire, le révélateur d’une crise beaucoup plus profonde que celle qu’elle prétendait résoudre.

Souleymane Boun Daouda DIOP

Directeur Général du Cabinet Conseil SERISE-SARL.

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