Appel fraternel au Royaume du Maroc pour la libération de nos jeunes supporters sénégalais
Entre le Sénégal et le Maroc s’étend une longue et lumineuse histoire faite d’amitié, de foi et d’estime réciproque. Nos deux peuples, unis par des filiations spirituelles et des échanges séculaires, ont tissé au fil du temps un lien presque familial, dont la profondeur transcende les contingences diplomatiques.
C’est au nom de cette fraternité ancienne, enracinée dans la mémoire de nos aïeux et nourrie par les souffles conjoints de la Tidjaniya et d’autres confréries porteuses de paix, que je souhaite aujourd’hui en appeler à la haute bienveillance du peuple frère du Maroc et de ses autorités, pour la libération des jeunes supporters sénégalais actuellement retenus sur le sol marocain depuis la dernière Coupe d’Afrique des Nations.
Animés par la passion du football et l’esprit de fête, ces jeunes n’ont été que les messagers d’une joie populaire partagée, donnant aux rues, aux souks et aux places marocaines un souffle d’unité africaine et de fraternité sincère. Leur présence a illuminé la compétition d’un enthousiasme rare, rapprochant une fois de plus nos peuples dans l’allégresse et la communion.
Une finale, fut-elle chargée d’émotions, ne saurait effacer ni ternir cet héritage précieux bâti par les pères fondateurs de nos deux nations. Au contraire, elle devrait nous rappeler la force de nos liens, forgés dans la confiance, la coopération et le respect mutuel.
Le Maroc, terre d’hospitalité, de culture et de spiritualité, occupe une place singulière dans le cœur des Sénégalais. Nos deux pays ont signé au fil des années plus d’une centaine d’accords couvrant les secteurs clés de l’économie sénégalaise, faisant de cette relation l’une des plus denses et structurées du continent en matière de coopération bilatérale.
Cette proximité se mesure aussi à la vigueur de nos échanges : en 2024, le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et le Sénégal a dépassé 170 milliards de francs CFA, dont environ 147 milliards d’exportations marocaines vers le Sénégal et près de 25 milliards d’exportations sénégalaises vers le Maroc, témoignant d’une dynamique clairement ascendante entre nos deux économies. En 2025, ces échanges ont avoisiné 300 millions de dollars américains, avec l’ambition partagée de les doubler à moyen terme dans le cadre d’un partenariat assumé de coopération Sud-Sud.
Le secteur bancaire sénégalais illustre de manière éloquente cette présence du Royaume : sur les 29 banques installées au Sénégal, 4 sont des filiales de grands groupes marocains, parmi lesquels la CBAO (groupe Attijariwafa bank), le Crédit du Sénégal, Bank of Africa et Banque Atlantique, faisant des capitaux marocains un acteur incontournable de l’inclusion financière et du financement de l’économie nationale.
À ces investissements dans la banque et les assurances s’ajoutent des engagements substantiels dans l’immobilier, les travaux publics, la santé, la pharmacie, les matériaux de construction, l’agroalimentaire ou encore les mines. Les investissements marocains cumulés au Sénégal dépassent aujourd’hui 500 millions de dollars, positionnant le Royaume parmi les tout premiers investisseurs africains dans notre pays.
Au-delà des chiffres, une communauté marocaine dynamique, composée de commerçants, de cadres, d’étudiants et d’entrepreneurs, vit et travaille depuis des décennies sur le sol sénégalais, s’y intégrant dans le respect des lois, des cultures et des valeurs de notre nation. Cette présence fraternelle, équilibrée par une communauté sénégalaise de plus en plus nombreuse au Maroc, donne chair et visage humain à notre partenariat exemplaire.
C’est donc avec une confiance totale dans la grandeur d’âme de nos frères marocains que je formule cet appel, en tant qu’ami du Royaume, en tant que Maire d’une Commune jumelée avec la belle Cité de Tiflet, en tant que croyant tidiane et fervent défenseur du dialogue des peuples.
En ce mois béni de Ramadan, mois du pardon, de la miséricorde et de la réconciliation, notre interpellation revêt une dimension spirituelle toute particulière. Ramadan est ce temps où les cœurs se font plus sensibles à la clémence, où les dirigeants, éclairés par la lumière du jeûne et de la prière, posent des actes qui honorent la justice tout en magnifiant le pardon. Accorder la liberté à ces jeunes en ce moment sacré serait un geste hautement symbolique, qui élèverait cette décision au rang d’acte de piété et de noblesse morale.
Ramadan est aussi le mois où les liens entre croyants se resserrent, où la fraternité islamique dépasse les frontières et les appartenances nationales. Libérer ces supporters sénégalais, venus célébrer une fête sportive sur une terre sœur, serait un signe puissant adressé à toute la Oumma : celui d’un Maroc fidèle à sa tradition d’hospitalité, d’équité et de mansuétude. Ce geste, en plus de soulager des familles entières, serait une source d’invocations et de bénédictions en faveur de ceux qui l’auront permis.
Ces jeunes étaient venus pour célébrer la fête du sport africain, non pour troubler l’ordre public. Leur libération serait un acte d’apaisement et de fraternité qui honorerait la noble tradition marocaine d’hospitalité et de justice, tout en donnant un nouvel élan à cette relation singulière que nos deux peuples ont patiemment construite.
J’en appelle donc à toutes les bonnes volontés marocaines (autorités, leaders religieux, acteurs associatifs et citoyens) pour que ces jeunes puissent retrouver leur liberté, leur dignité et le chemin du retour vers leurs familles, avec dans le cœur non pas l’amertume, mais la conviction renouvelée que le Maroc reste, et restera toujours, un frère du Sénégal.
Dakar le 22 février 2026
Alioune NDOYE
Maire de Dakar-Plateau

