Selon Ibrahima DABO, docteur en Sciences politiques et spécialiste des stratégies d’influence, l’arrivée de Starlink au Sénégal ouvre une nouvelle ère pour la connectivité nationale. Si cette technologie développée par SpaceX, dirigée par Elon Musk, peut réduire la fracture numérique et accélérer la transformation digitale voulue par le président Bassirou Diomaye Faye, elle pose aussi des questions cruciales de souveraineté, de dépendance technologique et de sécurité nationale..
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, la connectivité universelle est devenue une priorité politique. L’ambition affichée est de faire du Sénégal un hub numérique régional et de réduire les inégalités d’accès à Internet. L’annonce de Elon Musk concernant la disponibilité de Starlink, développé par SpaceX, s’inscrit pleinement dans cette dynamique, explique Ibrahima DABO
Une opportunité pour accélérer l’inclusion numérique
Selon l’auteur, l’arrivée de Starlink représente une réponse concrète au problème persistant de la fracture numérique, notamment dans les zones rurales. Grâce à sa constellation de satellites en orbite terrestre basse, le système offre une meilleure latence et des débits plus performants que les technologies satellitaires classiques.
Le rapport 2024 de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) montre que le marché sénégalais est dominé par Orange, suivi de Free et d’Expresso. Malgré cette présence d’opérateurs structurés, les disparités territoriales demeurent importantes.
Selon Ibrahima Dabo, Starlink pourrait stimuler la concurrence, améliorer la qualité des services et favoriser l’accès aux ressources numériques dans l’éducation, le commerce et l’entrepreneuriat. Une connectivité plus large renforcerait également l’attractivité économique du pays.
Une dépendance technologique à encadrer
Cependant, selon lui, la question centrale reste celle de la souveraineté numérique. Starlink repose sur une infrastructure contrôlée par une entreprise privée étrangère. Cette réalité soulève des interrogations sur la capacité de l’État à réguler pleinement le service ou à intervenir en cas de crise.
Selon Ibrahima Dabo, la connectivité sans souveraineté peut devenir une faille stratégique. L’Internet est aujourd’hui un instrument d’influence et de puissance. Une dépendance excessive à une technologie extérieure pourrait limiter la marge de manœuvre des autorités et affaiblir le contrôle national sur les flux numériques.
L’enjeu n’est pas de bloquer l’innovation, précise-t-il, mais d’encadrer son déploiement par des mécanismes juridiques solides, des exigences de transparence sur la gestion des données et un renforcement des capacités nationales en matière de régulation.
Des risques géopolitiques à anticiper
A ses yeux, le déploiement de Starlink s’inscrit dans un contexte international marqué par la compétition stratégique dans l’espace et dans le cyberespace. Les infrastructures satellitaires sont devenues des instruments majeurs d’influence géopolitique.
Une dépendance prolongée pourrait, selon lui, exposer le Sénégal à des pressions indirectes ou à des vulnérabilités informationnelles. La question de la protection des données et du contrôle des flux d’information doit donc être au cœur de la réflexion.
Ibrahima Dabo souligne que la sécurité nationale ne se limite plus au domaine militaire. Elle inclut désormais les dimensions numériques et informationnelles. Il plaide pour une plus grande implication des universitaires et des experts dans l’analyse des menaces hybrides et dans l’élaboration des politiques publiques.
Enfin, selon l’auteur, Starlink constitue une opportunité importante pour accélérer la transformation numérique du Sénégal. Mais cette avancée doit être accompagnée de garde-fous clairs afin de préserver la souveraineté et la sécurité nationale. L’équilibre entre ouverture technologique et autonomie stratégique sera déterminant pour l’avenir numérique du pays.
El FAYE

