Une vidéo virale circulant depuis quelque temps fait état du désir exprimé par le président américain Donald Trump « d’acheter le Sénégal ».
Une telle volonté, jugée saugrenue par certains et discutable par d’autres, semble faire suite à l’offre que lui avait faite le président Diomaye Faye sur l’attractivité du Sénégal lors de sa rencontre avec Donald Trump.
Le président sénégalais s’était servi de la métaphore de la balle de golf pour lancer un appel aux investisseurs américains.
Donald Trump n’a donc pas perdu de temps pour sauter sur le contexte de l’euphorie suscitée par la victoire à la CAN 2026 au Maroc pour faire une telle déclaration.
Partie la plus avancée de la côte ouest de l’océan Atlantique face aux États-Unis, le Sénégal se présente comme un potentiel hub touristique et une offre alternative au désir de voyage des Américains. Pays à fort potentiel touristique, avec ses plages et sa population chaleureuse et accueillante, le Sénégal surfe sur sa stabilité politique et sociale pour attirer les investisseurs.
L’« achat » annoncé par Trump est donc une vision assez audacieuse !
Cependant, il est important de clarifier un point essentiel : un pays souverain comme le Sénégal ne peut pas être « vendu » ni « acheté » comme un club de golf ou un complexe hôtelier, même par une figure comme Donald Trump.
Ce qui s’est réellement passé lors de cette rencontre en juillet 2025 à la Maison Blanche, c’est qu’elle a sans doute eu un impact en termes d’offensive diplomatique et économique du président Bassirou Diomaye Faye.
Elle se présente comme suit :
1. La stratégie de séduction : le Sénégal comme « offre »
Le président Diomaye Faye a effectivement présenté le Sénégal comme une destination de choix pour les investissements. Son approche repose sur deux piliers :
– Le tourisme et le golf : en mettant en avant la « Teranga » (l’hospitalité sénégalaise) et les infrastructures de luxe existantes ou en projet, il cherche à attirer les capitaux privés américains (dont ceux de la Trump Organization, spécialisée dans l’hôtellerie haut de gamme).
– La Cité digitale : le président a proposé aux investisseurs américains un projet majeur de 40 hectares au cœur de Dakar, avec vue sur mer, pour en faire un hub technologique.
2. Comment Trump « investit » au lieu d’« acheter »
Si Donald Trump décide de s’impliquer, cela ne se ferait pas par l’achat du pays, mais par des mécanismes classiques de business :
– Investissements directs : par le biais de la Trump Organization, il pourrait construire des complexes hôteliers ou des parcours de golf sous licence, comme il l’a fait dans d’autres régions du monde.
– Partenariats public-privé (PPP) : l’administration américaine peut encourager des entreprises à investir dans l’énergie (pétrole et gaz avec des sociétés comme Kosmos Energy) ou les infrastructures en échange de concessions.
3. Les défis de cette relation
Malgré l’enthousiasme économique, le contexte est nuancé par des mesures politiques strictes :
– Restrictions de visas : en décembre 2025, l’administration Trump a durci les conditions d’entrée pour les Sénégalais (le fameux « Travel Ban » ou des restrictions liées à la Coupe du monde 2026), ce qui crée un paradoxe entre l’envie d’investir et la fermeture des frontières.
– Souveraineté : le Sénégal insiste sur un partenariat « gagnant-gagnant », loin de toute idée de cession de territoire.
En résumé, Donald Trump ne va pas acheter le Sénégal, mais il pourrait bien y installer sa marque à travers des investissements touristiques massifs si les conditions de rentabilité et de stabilité politique sont réunies.
Une feuille de route stratégique
Pour concrétiser cette vision, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a, en effet, mis en place une feuille de route stratégique baptisée LPSD 2025-2029 (Lettre de politique sectorielle de développement). L’objectif est clair : transformer le Sénégal en une plateforme touristique de classe mondiale afin d’attirer des investisseurs du profil de Donald Trump.
Il s’agit de projets spécifiques et de zones sur lesquels il compte s’appuyer :
1. Les pôles touristiques prioritaires
Le gouvernement mise sur une approche territoriale pour offrir des opportunités diversifiées :
– La zone de Saly (Mbour) : le projet phare est le repositionnement de Saly. Il s’agit de monter en gamme pour passer d’un tourisme de masse à un tourisme d’affaires et de luxe, idéal pour des infrastructures comme des parcours de golf professionnels.
– La Pointe de Sarène et Mbodiène : ces zones sont les nouvelles frontières du tourisme sénégalais. Elles disposent de vastes réserves foncières dédiées à des « zones touristiques intégrées », où des complexes hôteliers cinq étoiles (comme les enseignes Marriott ou Sheraton, déjà en projet) sont attendus.
– Le delta du Saloum (Toubacouta) : le président Faye y a passé ses vacances en août 2025 pour envoyer un signal fort. L’idée est d’y développer un écotourisme de luxe, alliant nature sauvage et confort absolu, un créneau très prisé par la clientèle américaine.
2. Le levier « Dakar 2026 »
L’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) en 2026 est le véritable catalyseur. C’est la vitrine que Diomaye Faye a « vendue » à Trump :
– Infrastructures sportives : modernisation des sites, qui pourront ensuite être reconvertis pour des événements internationaux.
– Hôtellerie urbaine : développement de la Corniche de Dakar avec des projets comme la Cité digitale et des hôtels de très haut standing offrant une vue imprenable sur l’Atlantique.
3. Les incitations du « Code des investissements 2025 »
Pour attirer des investisseurs comme la Trump Organization, le Sénégal a modernisé ses règles du jeu :
– Avantages fiscaux : des exonérations importantes pour les projets situés hors de Dakar afin de décentraliser la richesse.
– Guichet unique (APIX) : une dématérialisation totale des procédures pour que l’installation d’un investisseur étranger soit rapide et transparente.
– Contenu local : le gouvernement impose que ces grands projets profitent aux artisans et aux jeunes locaux, garantissant que « l’achat » de services bénéficie à la population.
Résumé des chiffres clés (objectifs 2029)
Pour transformer l’offre faite à Donald Trump en réalité concrète, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye s’appuie sur deux piliers majeurs : le New Deal technologique et les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) 2026.
Ces projets vont ainsi remodeler le Sénégal d’ici la fin de l’année.
1. La « Cité digitale » : le hub de 40 hectares
Lors de sa visite à Washington, le président Faye a proposé un terrain stratégique de 40 hectares avec vue sur l’Atlantique à Dakar. Ce projet ne se limite pas à de simples bureaux ; c’est le cœur du « New Deal technologique » :
– Objectif : attirer les géants de la tech américaine (Google, Microsoft et potentiellement des data centers gérés par des investisseurs privés).
– Infrastructures : le projet prévoit des « bâtiments intelligents » et des zones prêtes à l’emploi pour les start-up.
– Complémentarité : ce pôle sera connecté au Parc des technologies numériques (PTN) de Diamniadio, qui doit être livré dès mars 2026.
2. Les JOJ 2026 : le grand lifting de Dakar
Les Jeux olympiques de la jeunesse (31 octobre – 13 novembre 2026) servent de prétexte à une rénovation urbaine massive sans précédent. C’est la « vitrine » parfaite pour montrer à un investisseur hôtelier comme Trump que le pays est aux normes mondiales.
Les trois zones hôtes :
– Dakar : rénovation de la Corniche Ouest et du stade Iba Mar Diop.
– Diamniadio : construction du Village olympique et utilisation de la Dakar Arena.
– Saly : transformation des plages pour les épreuves nautiques (beach-volley, aviron).
Transports : le TER (Train express régional) sera le lien vital, permettant de relier Dakar à l’aéroport AIBD en passant par Diamniadio en un temps record.
3. L’impact pour les investisseurs (le style « Trump »)
Si un investisseur comme Donald Trump souhaite s’implanter, le gouvernement a préparé le terrain avec :
– Mise aux normes hôtelières : un vaste programme d’inspection et de classement des hôtels est en cours pour élever le niveau des prestations aux standards internationaux.
– Sécurité événementielle : les JOJ servent de test pour prouver que le Sénégal peut sécuriser des flux massifs de visiteurs VIP et de délégations étrangères.
En résumé : les dates clés de 2026
– Janvier 2026 : lancement du Plan spécial d’investissement (plus de 560 milliards FCFA).
– Mars 2026 : mise à disposition du Parc des technologies numériques.
– Premier semestre 2026 : États généraux du tourisme pour finaliser la stratégie « Destination Sénégal ».
– Octobre 2026 : ouverture des JOJ, moment où le Sénégal sera sous les projecteurs du monde entier.
Mamadou Kassé
Journaliste
madoukasse@yahoo.fr

