Le football africain a vécu l’une des heures les plus sombres de son histoire. Ce qui devait être une célébration du talent continental s’est transformé en un simulacre de justice. En retirant au Sénégal son titre de champion d’Afrique acquis de haute lutte (1-0) pour l’attribuer au Maroc sur un « tapis vert » administratif (3-0), la Commission d’appel de la CAF vient de commettre un acte qui dépasse le cadre du simple litige sportif : c’est une estocade portée à l’éthique et à l’équité.
Le verdict de l’absurde
Comment justifier qu’un match arrivé à son terme, dont le résultat a été homologué par l’arbitre central et le trophée remis officiellement, puisse être inversé deux mois plus tard dans le secret d’un bureau ? L’argument de l’ »abandon de terrain » ne tient pas la route. Une protestation de quinze minutes, suivie d’une reprise du jeu et d’une fin de match régulière, ne constitue pas un abandon. C’est un incident de jeu, certes regrettable, mais purgé par le retour des joueurs sur la pelouse.
En choisissant la sanction maximale et disproportionnée, la CAF crée un précédent terrifiant : désormais, les matchs ne se gagnent plus à la sueur du front, mais par la subtilité des procédures et le poids des influences.
L’ombre de la corruption et du partisanat
Au-delà du score, c’est le climat de cette CAN 2025 qui interroge. Entre un arbitrage perçu comme partisan et le traitement inacceptable réservé aux supporters sénégalais — persécutés, voire emprisonnés pour certains — l’organisation marocaine a laissé un goût amer. Le football, vecteur de fraternité, ne peut s’accommoder de telles méthodes. La lutte contre la corruption, prônée par l’Union africaine et les Nations unies, semble s’être arrêtée aux portes des instances de la CAF.
Le TAS, dernier rempart de la crédibilité
Le Sénégal n’a d’autre choix que de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Il est sans doute plus outillé pour juger les faits et édifier l’opinion africaine et internationale sur les actes posés.
Ce n’est pas seulement l’honneur d’une nation qui est en jeu, mais la survie de la crédibilité du football africain à la veille de la Coupe du monde.
Si l’Afrique veut être respectée sur la scène mondiale, elle doit d’abord apprendre à respecter ses propres règles et à sanctuariser la vérité du terrain.
La CAF doit comprendre que le football n’appartient ni aux diplomates ni aux lobbyistes, mais aux joueurs et aux supporters. Rendre le trophée au Sénégal, c’est rendre au football sa dignité. Car si le tapis vert remplace définitivement le gazon, c’est l’âme même de notre sport qui s’éteint.
Ces faits mettent en lumière l’incohérence entre les discours anti-corruption (UA/ONU) et la réalité des faits.
La saisine du TAS sonne donc comme la seule issue pour rétablir la justice.
L’Afrique, dans son ensemble, a besoin de cet outil de justice internationale pour soigner son image avant le Mondial.
Mamadou Kassé
Journaliste

