L’alternance démocratique en Afrique, bien que célébrée politiquement, se heurte systématiquement à une rigidité financière punitive. Le cas du Sénégal est symptomatique : lorsqu’un nouveau régime issu des urnes révèle des défaillances budgétaires héritées — notamment des dettes dissimulées — les institutions financières internationales (FMI, agences de notation) imposent une austérité immédiate au nom de la « continuité de l’État ». Ce mécanisme transforme l’espoir populaire en fardeau économique et menace la stabilité des démocraties naissantes.
Le FMI, qui supervise la gestion macroéconomique des États, ne peut s’exonérer de sa responsabilité lorsqu’il valide des comptes qui s’avèrent ultérieurement manipulés. En sanctionnant la transparence postélectorale, le système financier mondial encourage implicitement l’opacité et punit la vertu démocratique.
Pour briser ce cycle, l’Afrique doit porter une réforme de l’architecture financière internationale fondée sur trois piliers :
Le droit à l’inventaire (statut de transition) : l’octroi automatique d’un moratoire sur le service de la dette (de six à douze mois) après une alternance, sans dégradation de la note souveraine, afin de permettre un audit indépendant.
La coresponsabilité prêteur-emprunteur : la reconnaissance du concept de « dette odieuse ». Les créanciers ayant financé l’opacité devraient accepter des décotes sur leurs créances.
L’institutionnalisation via l’Union africaine : la création d’un Observatoire africain de la dette et d’un fonds de garantie destiné à protéger les transitions contre la volatilité des marchés.
L’alternance politique doit impérativement s’accompagner d’une alternance économique. Le Sénégal dispose de la légitimité historique nécessaire pour conduire une coalition continentale exigeant que la démocratie ne soit plus perçue comme un risque financier, mais comme un actif de développement. La stabilité du continent dépend de notre capacité à rendre la transparence plus « rentable » que le statu quo autoritaire.
Mamadou Kassé

