C’est un impératif catégorique et un devoir pour l’instance dirigeante de notre football de tout mettre en œuvre afin que les deux meilleures équipes du continent puissent rivaliser avec les plus grandes nations de football. Chargée de gérer et de développer le football sur le continent, la CAF se doit de faire briller l’Afrique dans les joutes mondiales.
Alors que le Maroc vient de réussir une prestation XXL sur le plan de l’organisation, que les équipes nationales africaines enregistrent des progrès notables sur le plan sportif avec des places inédites au classement FIFA, les incidents de la finale de la CAN 2026 sont venus ternir l’image d’une Afrique décomplexée que nous cherchons tous à promouvoir.
Il me semble donc important d’appeler à la vigilance de la CAF face aux risques de « déconsidération » qui pèsent sur le football africain à la suite de ces événements, susceptibles d’alimenter davantage l’image négative que certaines opinions continuent de véhiculer sur le continent.
Dans cette crise, les autorités politiques ont, fort heureusement, joué une excellente partition en s’engageant résolument sur la voie de la décrispation.
« Une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine », a affirmé Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc, ajoutant que « le peuple marocain sait faire la part des choses et ne se laissera pas entraîner dans la rancœur et la discorde ».
Du côté sénégalais, le Premier ministre, en prélude à la 15ᵉ session de la Grande Commission mixte entre les deux États, a appelé à « la prudence face aux flux de communications, singulièrement sur les réseaux sociaux et dans certains médias, qui relèvent pour la plupart de la désinformation », tout en exhortant à « dépassionner cet épisode qui, en aucun cas, ne peut aller au-delà du simple cadre sportif », rappelant que « les défis communs aux deux pays sont autrement plus importants ».
La balle est désormais dans le camp de la Commission de discipline de la CAF, sur laquelle je n’ai aucune raison de faire peser le moindre doute ou suspicion, celle-ci étant composée de personnalités indépendantes. Son verdict, attendu dans un délai maximal de trente jours, devra être obligatoirement motivé.
Il est toutefois exécutoire immédiatement, même s’il peut faire l’objet d’un recours non suspensif pouvant aller jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS)
Malgré la sortie précipitée du président de la FIFA, qui, au mépris de l’existence d’une structure indépendante de règlement des litiges, s’est empressé d’accabler le camp sénégalais, il convient de rappeler que, dans le cas d’espèce, des risques de sanctions planent sur l’ensemble des acteurs, aussi bien côté sénégalais que marocain.
Je parle bien de « risques », car leur concrétisation dépendra entièrement de l’appréciation par la Commission des documents et éléments de preuve soumis : rapports des arbitres, rapports des commissaires de match de la CAF, images vidéo, plaintes des protagonistes, entre autres.
Ne faut-il pas, dès lors, peser de tout son poids pour que, si des sanctions s’avéraient inévitables, elles n’aient pas pour effet d’affaiblir des équipes appelées à représenter l’Afrique à la Coupe du monde, en particulier les deux meilleures formations du continent à l’heure actuelle ?
En tout état de cause, de lourdes sanctions ne me paraissent guère compatibles avec l’objectif fondamental de la CAF, qui est de hisser le football africain au plus haut niveau mondial. Les supporters ne souhaitent pas davantage une sévérité sclérosante et handicapante pour un football africain désormais respecté, car brillant de manière constante dans les compétitions internationales.
J’ose espérer qu’en examinant ce dossier, la Commission de discipline intégrera ces considérations essentielles afin de ne pas scier la branche sur laquelle repose aujourd’hui le football africain.
À l’instar des autorités politiques qui ont déjà tourné la page, les instances du football doivent désormais se projeter vers l’avenir et s’assurer d’une prestation de qualité des équipes africaines lors de la prochaine Coupe du monde. Une telle réussite consacrerait les progrès réalisés, tant par l’instance confédérale que par les fédérations nationales, et confirmerait que les ambitions de l’Afrique dépassent désormais le strict cadre continental.
Malgré les déceptions des uns, les joies des autres, les colères et rancœurs exprimées çà et là, malgré les passions encore vives, je crois qu’il est temps, pour le bien du football africain, de clore le chapitre de la CAN et de se concentrer pleinement sur le défi mondial.
Enfin, au regard des excellentes relations entre le Sénégal et le Maroc, ne serait-il pas opportun, Monsieur le Président de la Fédération sénégalaise de football — en m’excusant de cette interpellation quelque peu cavalière — de prendre le leadership en appelant votre homologue marocain afin d’organiser des concertations entre les deux fédérations, à l’image de celles engagées par les Premiers ministres ?
De telles initiatives permettraient d’apaiser les tensions, de restaurer un climat de confiance et de dégager des voies et moyens pour aider nos équipes à représenter dignement le continent lors de ce grand rendez-vous mondial, pour le bien des deux pays, des deux fédérations, de la CAF et du football africain dans son ensemble.
Par Pr Abdoulaye SAKHO
Directeur de l’Institut EDGE

