La renégociation des contrats stratégiques s’accélère au Sénégal. En point de presse, le Premier ministre Ousmane Sonko a placé le dossier des Industries chimiques du Sénégal au centre des annonces, avec la perspective d’une profonde restructuration de la filière phosphatière.
Selon le chef du gouvernement, les travaux menés par le Comité de renégociation des contrats, en collaboration avec l’Inspection générale d’État, ont mis en lumière des irrégularités majeures dans la gestion et l’exploitation du secteur. Les investigations auraient révélé que le Sénégal a été lésé à hauteur de 1 075 milliards de francs CFA dans le cadre des conventions liant l’État à l’entreprise.
D’après Ousmane Sonko, ce manque à gagner s’expliquerait notamment par des avantages indus accordés à l’entreprise, des exonérations fiscales jugées illégales, des redevances non versées, ainsi que par des abandons de créances et diverses opérations financières ayant privé l’État sénégalais de son actionnariat pendant plusieurs années.
Comptes bloqués et recouvrement de redevances
Le chef du gouvernement a également indiqué que les comptes de l’entreprise ont été bloqués afin de contraindre les responsables à s’acquitter de leurs obligations financières. Cette mesure vise notamment à permettre le recouvrement de redevances estimées à près de 200 milliards de francs CFA.
Dans la foulée, le Premier ministre a annoncé la décision de ne pas renouveler les concessions minières détenues par les partenaires indiens et la reprise par l’État du Sénégal de l’ensemble des actifs des Industries chimiques du Sénégal.
Cette orientation s’inscrit dans la dynamique de renégociation des contrats dans les secteurs stratégiques engagée par le gouvernement, dans le but de renforcer la maîtrise nationale sur l’exploitation des ressources naturelles.
Vers une industrie nationale des engrais
Au-delà de cette reprise, Ousmane Sonko a esquissé une nouvelle politique pour la valorisation du phosphate sénégalais. L’ambition affichée est de rompre avec la logique d’exportation de matières premières et de privilégier la transformation locale.
Dans cette perspective, le Sénégal entend développer une industrie nationale de production d’engrais, afin de mieux valoriser ses ressources phosphatières et de soutenir la productivité agricole.
L’objectif est également de positionner le pays comme un hub régional de production et d’exportation d’engrais vers l’Afrique de l’Ouest, où la demande en fertilisants reste particulièrement élevée.
Ces annonces marquent une étape importante dans la stratégie du gouvernement visant à reprendre le contrôle des ressources naturelles et à renforcer la souveraineté économique du Sénégal, dans un contexte de révision globale des conventions minières et énergétiques.
EL FAYE

