En ce mois de mars 2026, le Sénégal ne se contente plus d’attendre l’aval du FMI. Le gouvernement a lancé une offensive d’investissement de 633,7 milliards de FCFA (via le Plan de Redressement Économique – PRES 2026) ciblant 44 projets prioritaires.
L’objectif est clair : utiliser les ressources propres et les financements « amis » pour bâtir une économie qui ne dépend plus des humeurs de Washington.
L’argent injecté en ce moment même porte sur :
1. Agriculture : la « souveraineté dans l’assiette »
Le budget agricole a bondi de 38 % pour atteindre 427 milliards de FCFA en 2026. L’État ne veut plus importer son riz ou ses oignons.
Les CAC (Coopératives Agricoles Communautaires) : le gouvernement finance la formalisation de 500 CAC pour regrouper les petits producteurs et leur donner accès à des machines et des engrais.
Le BIMASAE : ce nouveau bureau d’intervention modernise l’élevage et l’agriculture avec un plan de mécanisation de 600 milliards de FCFA (à terme) pour créer des milliers d’emplois ruraux.
Maîtrise de l’eau : plus de 100 milliards sont injectés dans l’irrigation solaire (Solar Agri) et l’aménagement de 8 250 hectares, notamment en Casamance, pour produire toute l’année.
2. Énergie : le « Gas-to-Power » devient réalité
C’est le secteur qui change la donne pour les négociations internationales. Le Sénégal utilise son gaz pour faire baisser le coût de la vie.
Accès universel (220 milliards FCFA) : un programme massif a été lancé en février 2026 pour que chaque village sénégalais ait de l’électricité d’ici 2030.
Le gazoduc Nord : le segment de 85 km reliant le gisement gazier GTA à la centrale de Gandon est en phase de test. Il doit alimenter les centrales de la Senelec avec du gaz local, réduisant ainsi la dépendance au pétrole importé.
Mix énergétique : l’État investit 36 milliards pour coupler le solaire à l’agriculture, permettant aux fermes d’être autonomes en énergie.
3. Industrie : la fin de l’exportation brute
Le Sénégal ne veut plus seulement extraire, il veut transformer.
Les agropoles : trois agropoles sont déjà opérationnels (Ziguinchor, Kolda, Fatick). Le 12 mars 2026, le gouvernement a mobilisé le secteur privé national pour accélérer la création de 30 parcs agroalimentaires d’ici 2030.
Transformation locale : l’accent est mis sur la filière lait et la transformation des produits horticoles pour que la valeur ajoutée (et les emplois) reste au Sénégal.
Zones économiques spéciales (ZES) : des infrastructures modernes (ports, rails connectés au Mali) sont renforcées pour que les produits « Made in Senegal » soient compétitifs à l’export.
Pourquoi est-ce un défi pour le FMI ?
Cette stratégie irrite et impressionne à la fois. Le FMI voit d’un mauvais œil ces dépenses massives alors que la dette est élevée. Mais le gouvernement répond par la rentabilité : en investissant 1 franc aujourd’hui dans l’agriculture, l’État économise 2 francs d’importations demain.
Le Sénégal est en train de réussir son pari : maintenir le social tout en finançant son industrialisation.
Mamadou Kassé

