Le « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » : vers une refondation territoriale et stratégique du Sénégal

Le « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » : vers une refondation territoriale et stratégique du Sénégal

En Conseil des ministres du 11 février 2026, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a instruit le Premier ministre, Ousmane Sonko, de travailler, avec l’ensemble des acteurs concernés, à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un programme spécial d’investissement dénommé « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » (PDSO), destiné à résorber le déficit infrastructurel et à assurer une présence plus marquée de l’État dans la zone Est du pays.

En tant que fils du Sénégal oriental, je salue solennellement cette décision. Elle marque une reconnaissance politique forte d’une réalité territoriale longtemps vécue : celle d’un espace stratégique riche de potentialités, mais structurellement confronté à des retards d’équipements, de connectivité et de transformation productive.

Le Sénégal oriental : une périphérie stratégique

Le Sénégal oriental – Tambacounda et Kédougou – ne constitue pas une simple périphérie géographique. Il représente une profondeur stratégique nationale. Région frontalière avec le Mali, la Gambie, la Maurtinaie et la Guinée, espace de circulation, zone à fort potentiel minier, agricole, forestier et énergétique, il concentre des enjeux économiques et sécuritaires majeurs.

Pourtant, l’histoire de l’aménagement du territoire sénégalais a été marquée par une forte polarisation autour du pôle dakarois. Cette hypercentralité a produit des asymétries spatiales persistantes : faiblesse des infrastructures structurantes, insuffisance des équipements industriels, éloignement des centres de décision, déficit de services spécialisés.

Comme je l’ai écrit dans mes interviews et contributions sur la récente tournée économique du Président de la République dans la région, l’enjeu dépasse la simple modernisation d’équipements. Il s’agit de transformer un espace historiquement en marge en un pôle intégré de production et d’innovation.

Une doctrine territoriale en construction : continuité et approfondissement

Le « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » ne constitue pas un acte isolé. Il s’inscrit dans la continuité d’un premier jalon posé avec le Plan Diomaye pour la Casamance. Ce précédent a inauguré une approche territorialisée de l’action publique, fondée sur l’intégration des investissements, la cohérence intersectorielle et le suivi politique au plus haut niveau.

L’extension de cette logique à l’Est confirme l’émergence d’une doctrine nouvelle : corriger les déséquilibres territoriaux non par des interventions fragmentées, mais par des programmes structurants à forte densité stratégique.

La clé de cette doctrine repose sur trois principes fondamentaux :

  1. La territorialisation des politiques publiques ;
  2. La valorisation locale des ressources ;
  3. L’emploi comme vecteur de stabilisation et de souveraineté.

Résorber le déficit infrastructurel : une géopolitique des réseaux

Le déficit infrastructurel évoqué dans le communiqué présidentiel n’est pas seulement technique ; il est géopolitique. Les infrastructures structurent les flux, organisent les hiérarchies spatiales et déterminent la compétitivité économique.

Désenclaver l’Est, renforcer les corridors logistiques, moderniser les équipements ferroviaires et routiers, développer l’accès à l’énergie et au numérique, ce sont autant d’actions qui contribuent à : réduire les coûts de transaction ; densifier les échanges internes et transfrontaliers ; améliorer l’attractivité territoriale ; renforcer la cohésion nationale.

Le territoire devient alors un espace de circulation et de production, non plus une zone d’extraction et de transit.

Capital humain et souveraineté productive

La tournée économique présidentielle – université, institut professionnel, exploitation agricole intégrée, infrastructures de mobilité – avait déjà esquissé les contours d’un modèle cohérent : former, produire, transformer et connecter.

Le « Plan Diomaye » devra consolider cette architecture en articulant de manière cohérente la formation supérieure et professionnelle, adaptée aux potentialités régionales – notamment dans les secteurs des mines, de l’agro-industrie, des énergies renouvelables et de l’écotourisme – avec une stratégie d’industrialisation locale fondée sur la transformation des matières premières. Il devra également intégrer un soutien renforcé à l’entrepreneuriat territorial et favoriser la structuration de chaînes de valeur complètes, afin de garantir une meilleure captation de la richesse produite et une dynamique de développement durable et inclusive.

Il ne s’agit plus d’extraire pour exporter brut, mais de créer de la valeur ajoutée sur place, d’ancrer les compétences dans le territoire et de générer des emplois qualifiés. La souveraineté économique commence par la maîtrise locale des ressources et des savoir-faire.

Équité territoriale et consolidation du pacte national

L’aménagement du territoire est un acte politique majeur. Corriger les déséquilibres spatiaux, c’est renforcer le pacte républicain. Une région qui se sent pleinement intégrée dans le projet national contribue à la stabilité globale de l’État.

Dans un contexte sahélien marqué par des dynamiques d’instabilité, la densification de la présence étatique dans les zones frontalières participe d’une stratégie de sécurité durable. La stabilité ne repose pas uniquement sur la force ; elle repose sur l’emploi, l’accès aux services, la mobilité et l’inclusion économique.

Le « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » s’inscrit ainsi dans une géopolitique interne de stabilisation par le développement.

Une responsabilité collective : transformer l’annonce en architecture stratégique

L’instruction donnée au Premier ministre engage désormais l’ensemble de l’appareil gouvernemental. Le succès du plan dépendra de :

  • la clarté de sa gouvernance ;
  • la cohérence intersectorielle ;
  • la transparence budgétaire ;
  • la participation des collectivités territoriales ;
  • l’évaluation régulière des impacts.

Un programme spécial d’investissement ne peut produire des effets durables que s’il s’appuie sur des indicateurs précis : emplois créés, infrastructures livrées, valeur ajoutée locale générée, réduction des délais de mobilité, amélioration de l’accès aux services publics.

L’Est comme nouveau pilier stratégique du Sénégal

En tant que fils du Sénégal oriental, je mesure l’importance historique de cette décision. Elle suscite une espérance légitime, mais elle appelle également à la rigueur dans l’exécution.

Le « Plan Diomaye pour le Sénégal oriental » peut devenir bien plus qu’un programme d’investissement. Il peut constituer le socle d’une refondation territoriale du développement sénégalais, en réduisant l’hypercentralité, en valorisant les pôles régionaux et en consolidant la souveraineté nationale.

Le territoire n’est pas un simple espace géographique. Il est le support matériel de la cohésion, de la compétitivité et de la stabilité d’un État.

Si ce plan est conduit avec constance et méthode, le Sénégal oriental cessera d’être perçu comme une périphérie éloignée. Il deviendra un pilier structurant de la nouvelle cartographie économique et stratégique du Sénégal.

Dr Seydou KANTE

Fils du Sénégal oriental

Email : seydoo@hotmail.com

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