L’Afrique ne peut-elle pas bénéficier d’un plan Marshall pour amorcer son développement comme en Europe ? Quelles sont les conditions et les préalables ? Pourquoi l’Europe et les USA refusent-ils ? Comment financer le développement et l’industrialisation de l’Afrique ? Quelle est la mission du FMI ? Quel est le rôle de la Banque mondiale ? Pourquoi y a-t-il moins de coopération bilatérale basée sur le partenariat ? En dehors de la Chine et de certains pays asiatiques, le bilatéral n’existe plus. Pourquoi l’Afrique ne bénéficie-t-elle pas d’investissements massifs ? À quoi ont abouti les ajustements structurels, la dévaluation et les privatisations ?
Mêmes questions malgré des contextes différents.
Ces questions touchent au cœur des débats sur l’économie politique du développement. La comparaison avec l’Europe d’après-guerre est fréquente, mais les contextes diffèrent radicalement.
1. Pourquoi pas de « Plan Marshall » pour l’Afrique ?
Le Plan Marshall (1948-1951) n’était pas une simple aide humanitaire, mais une injection massive de capitaux (environ 13 milliards de dollars de l’époque) dans des économies déjà industrialisées mais détruites par la guerre.
Les obstacles et préalables
L’Afrique fait face à des défis structurels que l’Europe n’avait pas en 1945 :
- L’absence d’infrastructures de base : l’Europe avait déjà des réseaux ferroviaires et électriques qu’il suffisait de reconstruire. En Afrique, beaucoup de ces réseaux sont à créer.
- La fuite des capitaux : on estime que l’Afrique perd chaque année plus d’argent en flux financiers illicites qu’elle n’en reçoit en aide publique au développement.
À qui la faute ?
- La fragmentation des marchés : malgré la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine), les frontières restent des barrières majeures au commerce intra-africain.
Pourquoi l’Occident hésite ?
Il ne s’agit pas forcément d’un « refus » catégorique, mais d’une divergence de priorités. Pour les USA et l’Europe, l’investissement est freiné par la perception du risque pays (instabilité politique, cadre juridique incertain). De plus, l’aide occidentale est souvent assortie de conditions politiques ou de « normes de gouvernance » que certains pays jugent intrusives.
Pourquoi de telles exigences ?
2. FMI vs Banque mondiale : quelles différences ?
Institution | Mission principale | Mode d’action
FMI (Fonds monétaire international) | Veiller à la stabilité financière mondiale | Prêts à court terme pour stabiliser la monnaie et combler les déficits budgétaires
Banque mondiale | Réduire la pauvreté et favoriser le développement | Financement de projets à long terme (écoles, barrages, santé, infrastructures)
3. Le déclin du bilatéralisme et l’absence d’investissements massifs
Le sentiment que le bilatéral « classique » disparaît s’explique par plusieurs facteurs :
- La montée du multilatéralisme : beaucoup de pays préfèrent passer par des institutions (UE, UA, banques de développement) pour diluer les risques.
- Le modèle chinois : la Chine a réinventé le bilatéralisme avec le modèle « infrastructures contre ressources », là où l’Occident s’est tourné vers l’aide directe ou le soutien à la société civile.
- Le coût du crédit : l’Afrique paie des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que les autres continents pour emprunter sur les marchés mondiaux, ce qui rend les investissements massifs extrêmement coûteux.
4. Bilan : ajustements, dévaluation et privatisations
Les politiques imposées dans les années 80-90 (le « Consensus de Washington ») ont eu des résultats très controversés :
- Les ajustements structurels : ils ont permis de réduire les déficits, mais au prix de coupes sombres dans la santé et l’éducation, affaiblissant le capital humain.
- La dévaluation (ex : FCFA en 1994) : l’idée était de rendre les exportations plus compétitives. Cela a fonctionné pour certains produits agricoles, mais a renchéri le coût de la vie (produits importés).
- Les privatisations : elles visaient l’efficacité, mais ont souvent transformé des monopoles publics en monopoles privés, parfois au détriment de l’accès universel aux services (eau, électricité).
Comment financer l’industrialisation aujourd’hui ?
L’avenir réside probablement dans un mélange de solutions endogènes et de nouveaux partenariats :
- La mobilisation des ressources domestiques : améliorer la collecte des impôts et formaliser l’économie.
- La transformation locale : arrêter d’exporter les matières premières brutes (cacao, pétrole, or) pour créer de la valeur ajoutée sur place.
- Les banques de développement africaines : renforcer des institutions comme la BAD (Banque africaine de développement).
Cet état des lieux interpelle l’opinion africaine et met en débat beaucoup de questions liées au développement de l’Afrique. Avons-nous pris la bonne direction avec ces politiques qui, depuis soixante ans, ne nous font pas avancer ?
N’est-il pas temps de repenser nos politiques de développement et nos stratégies de mobilisation et de pilotage de nos ressources financières ?
Doit-on continuer à surfer sur les schémas imposés de l’extérieur, là où les pays asiatiques ont fait leur « révolution » ? Qu’est-ce qui empêche ce bond qualitatif, qui est loin d’être un saut dans l’inconnu ?
Mamadou Kassé

