La gouvernance actuelle du football africain ne peut être appréhendée sans évoquer la figure de Fouzi Lekjaa. Plus qu’un dirigeant parmi d’autres, son accumulation de postes et son rôle omniprésent au sein de la CAF soulèvent des questions sérieuses quant à l’impartialité des décisions qui ont façonné le paysage du football continental.
Fouzi Lekjaa est l’acteur principal derrière tout silence et toutes les polémiques autour du football africain. Et ce depuis près d’une dizaine d’année.
En 2017 déjà , une évolution institutionnelle singulière avait alimenté les soupçons : la création ad hoc d’un poste de troisième vice‑président — poste qui n’apparaissait pas dans les textes antérieurs — et qui avait permis à Lekjaa d’intégrer le comité exécutif. À cette nomination sous la présidence d’Ahmad Amad s’est ajouté le contrôle du puissant comité des finances de la CAF, outil stratégique pour orienter arbitrages budgétaires, nominations et projets. Depuis lors, son ascension et son emprise n’ont cessé de croître, faisant de lui un acteur incontournable dont l’action semble irriguer tous les leviers décisionnels — organisations des compétitions, orientations financières, recrutements et licenciements.
En 2019, il était l’auteur d’une agression physique sur un arbitre éthiopien. Malgré une plainte déposée par la Fédération Ethiopienne de Football au sein de ses instances, la CAF avait classé l’affaire sans suite.
Aujourd’hui, Fouzi Lekjaa cumule des fonctions aux frontières du sportif et du politique : président de la Fédération royale marocaine de football, premier vice‑président de la CAF, président du comité des finances de la CAF, membre du Conseil de la FIFA et, hors du terrain, ministre du Budget de son pays. Cette concentration de mandats — à la fois nationaux, continentaux et internationaux, techniques et politiques — interroge légitimement : comment assurer une séparation effective entre intérêts étatiques, décisions administratives et équité sportive lorsque la même personnalité siège à tous ces niveaux ? Plus qu’un simple cumul de titres, c’est la porosité des sphères d’influence qui doit être questionnée.
Depuis la défaite du Maroc face au Sénégal le 18 janvier 2026 et les incidents ayant entaché la rencontre, Fouzi Lekjaa s’est, selon plusieurs sources proches du dossier, personnellement investi pour que des sanctions sévères soient prises à l’encontre du Sénégal. Des témoignages et rapports évoquent son rôle actif dans les démarches visant à obtenir des sanctions plus lourdes, la détention prolongée de supporteurs sénégalais sur le territoire marocain et des recours au sein des instances de la CAF en faveur d’une décision controversée : l’attribution de la Coupe d’Afrique au Maroc « sur tapis vert ». Il est également rapporté qu’il a déposé plainte contre le président de la Fédération sénégalaise de football et contribué à ce que ce dernier soit renvoyé devant l’instance disciplinaire de la CAF. Ces éléments jettent un discrédit important sur l’impartialité des procédures.
Dans le football africain, tous les acteurs n’ont pas le même poids, comme on le chuchote souvent. En s’en prenant de manière frontale au Sénégal — à ce qui fait l’essence de son engagement : sa dignité et son orgueil footballistique — la CAF, sous l’ère Patrice Motsepe et avec des personnalités comme Fouzi Lekjaa et Véron Mosengo Omba en première ligne, a franchi une ligne en donnant une image de gouvernance autoritaire et dépourvue de nuances. Le Sénégal n’est pas un acteur secondaire ; il pèse sur l’échiquier mondial. Priver le Sénégal d’un titre continental « sur tapis vert » après qu’il ait remporté le match sur le terrain, que le résultat ait été homologué et validé par l’arbitre, constitue un jugement sans précédent. Si la CAF, apparemment pour ménager le Maroc ou répondre aux pressions de décideurs influents, persiste dans une décision aussi inédite, elle risque de s’aliéner l’ensemble du football continental — et au‑delà.
Le Sénégal, ses institutions et ses supporters exigent justice rapide et visible — pas des mots, des actes. Recours juridiques, mobilisation diplomatique, coalition des fédérations et pression médiatique doivent converger pour obtenir la suspension de cette décision et la restitution du titre si la justice le demande.
En attendant que cette affaire honteuse pour le football africain connaisse son épilogue, cela promet des remous au sein de la CAF : au sortir de ce scandale de retrait de titre ou de complaisance politicienne, des têtes vont tomber. Et pas des moindres. À la bonne heure.
Paul Biagui
BIAGUMEDIA

