Au Sénégal, il y a deux certitudes avant chaque match des Lions :
Le coup d’envoi est à l’heure. Le onze de départ, lui, est déjà sorti… depuis des heures.
Inutile d’attendre la feuille officielle, encore moins la causerie tactique. Avant même que le sélectionneur ne finisse de lacer ses chaussures, le onze circule déjà sur les téléphones, les groupes WhatsApp, les plateaux télé et parfois même dans les vestiaires… adverses. Ici, la surprise tactique est une espèce en voie de disparition, protégée par personne.
Et le plus fascinant dans cette histoire de fuite organisée, c’est que tout le monde sait. La Fédération Sénégalaise de Football sait. Les joueurs savent. Les supporters savent. Les adversaires savent. Mais officiellement, personne ne voit rien. Un véritable miracle d’aveuglement collectif.
Depuis le debut de la CAN, un nom revient, en sourdine puis à voix haute : Bakary Cissé, membre de la FSF et patron d’un groupe de presse sportive qui, par un heureux hasard, dégaine la primeur à chaque fois. Toujours juste. Toujours précis. Toujours avant les autres. Un talent divinatoire ? Un don de voyance ? Ou simplement une fuite aussi large que les filets du stade Abdoulaye Wade quand le vent s’en mêle ?
La FSF, elle, observe. Stoïque. Silencieuse. Zen. Comme si livrer la composition d’équipe à l’ennemi relevait du folklore, d’une tradition culturelle ou d’un concept tactique innovant : la transparence offensive. Pendant que les autres nations bunkerisent leurs informations, le Sénégal distribue les siennes comme des tracts de campagne.
Le plus inquiétant n’est même plus la fuite. C’est l’absence totale de réaction. Pas d’enquête. Pas de sanctions. Pas même un communiqué confus. Rien. Les dirigeants préfèrent manifestement continuer à prendre les Sénégalais pour des demeurés, incapables de comprendre que dans le football moderne, l’information est une arme. Et que la donner gratuitement à l’adversaire, c’est jouer à onze… contre quatorze.
Quant à Pape Thiaw, il serait temps qu’il troque la convivialité pour la fermeté. À en croire les murmures persistants, l’hôtel des Lions serait un passe-partout grandeur nature, où les informations entrent et sortent plus facilement que les plateaux-repas. Un bunker, sélectionneur ! Pas une auberge espagnole. À ce rythme, autant afficher le onze dans le hall avec les horaires du petit-déjeuner.
Le Sénégal regorge de talents, de puissance, de génie footballistique. Mais il semble avoir un talon d’Achille redoutable : sa propre fédération. Tant que le onze sortira avant les joueurs, tant que les fuites seront tolérées, tant que le silence couvrira les évidences, les Lions continueront de rugir… à découvert.
Et dans le football international, être à découvert, ce n’est pas du fair-play.
C’est de la naïveté institutionnalisée.
Malick BA

