Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a tiré la sonnette d’alarme après la découverte du recrutement de cinquante-neuf (59) enseignants-chercheurs sénégalais par la fonction publique guinéenne.
Pour arrêter l’hémorragie, le Pr Daouda Ngom a adressé aux recteurs des universités publiques du Sénégal une ferme mise en garde contre ce phénomène.Une situation jugée préoccupante par le ministre, qui y voit une remise en cause des dispositions légales et réglementaires encadrant le fonctionnement des établissements publics d’enseignement supérieur.Pour le Pr Daouda Ngom, cet « enrôlement d’enseignants-chercheurs dans la fonction publique d’un autre État » soulève de sérieuses interrogations, tant sur le plan juridique que sur celui de la continuité des missions d’enseignement et de recherche au sein des universités sénégalaises.Une telle sortie sur la situation de l’enseignement supérieur constitue-t-elle une nouveauté ? N’est-elle pas simplement l’amplification, par une voix autorisée, de ce que le milieu universitaire savait déjà ?
Si l’on en juge par son ampleur et le niveau d’alerte porté cette fois par le ministre de tutelle, le message revêt une tonalité particulière. Mais si l’on considère sa gravité, il ne fait qu’amplifier une pratique qui a cours depuis des lustres.Certains enseignants se font recruter à l’étranger et ne reviennent au pays qu’au moment des examens. D’autres, tout en restant au Sénégal, monnayent leurs compétences dans les universités privées, lesquelles ne disposent pas parfois de la reconnaissance des institutions de notation et de validation comme le CAMES.
Voilà le paradoxe que vivent nos universités, victimes de leurs propres dysfonctionnements et souvent exposées à des pratiques qui sapent la hiérarchie. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, et la faiblesse de l’Université réside dans le fait d’avoir failli à sa propre responsabilité par le laxisme et la complaisance de certains de ses dirigeants.En Europe, en France comme ailleurs, un professeur ne s’absente qu’après avoir déposé une autorisation dûment motivée.
Le calendrier des cours ne peut souffrir d’aucune entorse, contrairement au Sénégal où un professeur peut s’absenter selon ses humeurs et son bon vouloir. D’où la frustration de nombreux étudiants, souvent mis devant le fait accompli.En effet, certains étudiants ne cessent de dénoncer cet état de fait qui les expose à des déplacements inutiles et à des pertes de temps. Pour eux, ces absences bloquent le système et les obligent à allonger la durée de leurs études à l’université.Ainsi, un quantum horaire prévu pour trois ou cinq ans se déroule finalement sur cinq à sept ans, soit un retard de deux ans pour les plus chanceux.Doit-on continuer à vivre cette situation à risque pour les finances publiques et le niveau académique des étudiants ? Les conflits permanents entre étudiants et professeurs ne sont-ils pas dus à ce déséquilibre entre le calendrier universitaire et la réalité des activités, très souvent en décalage avec les programmes ?
Si le ministre est aujourd’hui obligé de dénoncer de telles pratiques, c’est qu’elles ont des incidences sur le calendrier, sur le budget et sur le surpeuplement des universités.À l’État donc d’en tirer les conséquences en demandant aux recteurs de prendre leurs responsabilités afin d’assainir le secteur et de réorganiser les cours pour la crédibilité de l’Université et la réussite des étudiants.
Mamadou Kassé

