La demande formulée par Gianni Infantino à l’endroit de son allié Patrice Motsepe, visant à sanctionner l’équipe nationale du Sénégal à la suite des incidents survenus à Rabat, n’a rien d’anodin. Elle n’est ni neutre, ni technique, ni circonstancielle. Elle s’inscrit dans une logique stratégique préoccupante.
Derrière cette initiative du président de la FIFA se dessine une volonté manifeste d’affaiblir le Sénégal à l’approche de la Coupe du monde, et plus particulièrement en amont de son premier match face à l’équipe de France.
Sanctionner la meilleure sélection africaine du moment, par l’entremise d’un dirigeant africain, sur demande d’un président européen, pour satisfaire des intérêts extérieurs, revient à trahir l’Afrique au profit de l’Europe.
Une telle décision enverrait un signal extrêmement grave à l’ensemble des sportifs africains : celui d’un football continental fragilisé par ses propres institutions et par les hommes et femmes qui incarnent ces institutions et sont censés les défendre.
Le Sénégal, tout comme les huit ou neuf autres nations africaines qualifiées pour la Coupe du monde, ne représente pas uniquement un pays. Il incarne les enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels de tout un continent.
À ce titre, la Confédération africaine de football a l’obligation morale et stratégique de protéger ses représentants, de les renforcer, et non de les affaiblir au nom d’intérêts financiers, mercantiles ou géopolitiques.
Sanctionner lourdement le Sénégal à la veille d’un rendez-vous mondial constituerait une anomalie stratégique majeure. Aucune organisation sérieuse, soucieuse de son image et de ses intérêts, ne punirait volontairement son meilleur ambassadeur au moment le plus décisif.
En cédant à des pressions extérieures, la CAF démontrerait qu’elle privilégie l’argent, le pouvoir et les privilèges au détriment des supporters africains, des joueurs, des encadreurs, des dirigeants et, au-delà, des États du continent.
La Commission de discipline de la CAF est donc placée devant une responsabilité historique.
Elle devra choisir : servir le football africain ou servir les intérêts d’un clan politico-affairiste.
Sanctionner le Sénégal reviendrait à légitimer une mobilisation continentale pour le départ de Patrice Motsepe et de son équipe dirigeante. Une telle mobilisation deviendrait alors une véritable œuvre d’utilité publique pour l’Afrique, pour son sport et pour son football.
Sanctionner le Sénégal, ce serait enfin confirmer la nécessité pour l’Afrique du football de se lever, d’exiger un leadership honnête, digne, indépendant et intègre.
Le football africain ne peut plus être sacrifié sur l’autel de la politique européenne ou des privilèges financiers.
Il est temps pour l’Afrique de reprendre son destin sportif en main.
Par Souleymane Boun Daouda DIOP
Directeur Général du Cabinet Conseil SERISE-SARL

