En pleine offensive diplomatique pour briguer le poste stratégique de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, l’ancien président sénégalais Macky Sall s’est livré, ce lundi, à un exercice délicat devant des membres de la société civile internationale à New York. Entre justification de sa gestion des crises politiques au Sénégal, plaidoyer pour la loi d’amnistie et prise de position sur des questions sociétales sensibles, l’ex-chef de l’État a tenté de consolider son image d’homme d’État tout en répondant aux critiques persistantes qui entourent son bilan.
Interpellé sur les événements politico-judiciaires survenus entre 2021 et 2024 au Sénégal, période marquée par des manifestations meurtrières ayant causé plusieurs dizaines de morts, Macky Sall a rejeté toute responsabilité directe, tout en assumant fermement les décisions prises sous son magistère.
Crise politique au Sénégal, Macky Sall défend son bilan sécuritaire
Face à son auditoire, l’ancien président a dressé un tableau alarmant des violences ayant secoué le pays durant ces années. Selon lui, ces troubles relevaient d’une stratégie délibérée visant à accéder au pouvoir par des moyens insurrectionnels. « Les gens ont voulu utiliser la violence pour arriver au pouvoir », a-t-il affirmé, évoquant des actes graves tels que l’incendie de domiciles privés, le saccage de médias, des menaces contre des magistrats et des responsables politiques, ainsi que la destruction d’infrastructures publiques.
Dans son argumentaire, Macky Sall insiste sur le rôle constitutionnel du chef de l’État, garant de la stabilité institutionnelle. Il affirme avoir agi dans le strict cadre de ses responsabilités en ordonnant le maintien de l’ordre face à ce qu’il qualifie de menace contre la République. « La survie de la République était engagée », a-t-il martelé, justifiant ainsi l’intervention des forces de sécurité.
L’ancien président évoque également des attaques contre des transports publics ayant entraîné des pertes humaines, qu’il assimile à des « actions terroristes ». Dans ce contexte, il revendique une gestion de crise orientée vers le rétablissement rapide de la paix, précisant que les affaires ont ensuite été confiées à la justice.
Cependant, ces déclarations interviennent dans un climat où une partie de l’opinion sénégalaise continue de réclamer vérité et justice sur ces événements. Plusieurs organisations de défense des droits humains et acteurs politiques accusent les forces de sécurité d’avoir fait un usage disproportionné de la force, entraînant la mort de nombreux jeunes manifestants.
Controverse sur la loi d’amnistie
Au cœur des débats, la loi d’amnistie adoptée à la veille de la présidentielle de 2024 reste l’un des points les plus controversés du bilan de Macky Sall. Devant son auditoire, l’ancien président a assumé ce choix, qu’il présente comme un acte de responsabilité politique destiné à préserver la cohésion nationale.
« Il fallait pouvoir pardonner », a-t-il déclaré, expliquant avoir privilégié l’intérêt supérieur de la nation au détriment des considérations partisanes. Selon lui, cette loi, adoptée « contre la volonté de [son] camp », visait à éviter une transmission du pouvoir dans un climat de tension extrême.
Dans son récit, l’amnistie apparaît comme un levier de stabilisation ayant permis la libération des détenus liés aux troubles politiques et la tenue d’une élection apaisée. Macky Sall souligne d’ailleurs que le processus électoral a consacré la victoire de l’opposition, aujourd’hui au pouvoir, preuve selon lui de la vitalité démocratique du Sénégal.
« Le peuple a tranché aux urnes », a-t-il insisté, rejetant toute légitimité aux tentatives de conquête du pouvoir par la rue. À ses yeux, cette alternance constitue la meilleure illustration de la solidité des institutions sénégalaises.
Toutefois, cette lecture est loin de faire consensus. De nombreuses voix dénoncent une loi qui aurait effacé des faits graves, empêchant l’établissement des responsabilités dans les violences ayant endeuillé le pays. Macky Sall lui-même reconnaît implicitement cette limite en affirmant que toute volonté de faire la lumière sur ces événements passe nécessairement par une abrogation du texte.
« Si les gens veulent revenir sur les événements, il faut abroger la loi d’amnistie », a-t-il déclaré, ouvrant ainsi la porte à une éventuelle réouverture des dossiers judiciaires. Une position qui place désormais les autorités actuelles face à un choix politique sensible entre stabilité et quête de justice.
« Les débats liés aux droits LGBTQ+ doivent être traités dans le respect »
Au-delà du dossier sénégalais, cette audition a également permis à Macky Sall de préciser sa vision des relations internationales, notamment sur les questions de droits humains et de souveraineté culturelle, dans le cadre de sa candidature à la tête d’Organisation des Nations unies.
Sur le sujet sensible de l’homosexualité, l’ancien président a adopté une position nuancée, articulée autour de deux principes qu’il présente comme complémentaires. D’une part, il affirme son attachement aux valeurs universelles inscrites dans la Charte des Nations unies, notamment la dignité humaine et les droits fondamentaux. D’autre part, il rejette toute forme d’ingérence extérieure dans les choix sociétaux des États.
« Je n’ai jamais accepté qu’on me l’impose », a-t-il rappelé, évoquant les pressions exercées par certains partenaires occidentaux durant son mandat. Pour lui, les débats liés aux droits LGBTQ+ doivent être traités dans le respect des contextes culturels et politiques propres à chaque pays.
Macky Sall souligne également les disparités au sein du continent africain face à ces pressions. Si certains États ont maintenu leurs positions, d’autres, plus vulnérables, auraient été contraints de céder sous l’effet de conditionnalités économiques ou diplomatiques.
Dans une tentative de relativiser ces tensions, il a cité l’exemple des États-Unis, où les politiques en matière de genre ont connu des évolutions contrastées selon les administrations, notamment sous Donald Trump. Une manière de souligner que ces débats restent ouverts, y compris dans les démocraties occidentales.
À travers ces prises de position, Macky Sall cherche visiblement à se positionner comme un candidat capable de concilier universalisme et respect des souverainetés nationales, un équilibre délicat au cœur des enjeux contemporains de la gouvernance mondiale.
En appelant à « tourner la page », Macky Sall invite ses compatriotes à privilégier l’avenir. Reste à savoir si cette volonté de dépassement sera partagée par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux, et si elle suffira à dissiper les zones d’ombre qui entourent encore cette période récente de l’histoire sénégalaise.
Dans un contexte international marqué par des crises multiples et des attentes accrues envers les institutions multilatérales, la candidature de Macky Sall s’inscrit ainsi à la croisée des chemins.
El Hadji Ibrahima FAYE

