Certains redoutaient Sénégal–Gambie comme le match piège qu’il fallait éviter. La Gambie est le petit frère du Sénégal. Ce pays, qui partage avec le Sénégal le même espace vital et la même trajectoire historique, n’en est pas moins un rival sportif.
C’est pourquoi Sénégal–Gambie est toujours perçu comme un derby. Raison pour laquelle, au-delà de son caractère sportif, cette rencontre ne semblait pas emballer pour un dernier match avant le départ.
Mais ce match aura satisfait les adeptes de la diplomatie sportive, qui l’ont préféré à d’autres offres qui semblaient plus alléchantes. Un Sénégal–Argentine ou un Sénégal–Espagne était attendu comme un choix sportif crédible ou comme une plus-value pour le football sénégalais.
Mais le match s’est joué dans le fair-play et dans un esprit sportif, même si les débats ont été passionnants, voire passionnés. Dans ce registre, il convient de saluer le comportement festif du public, qui a communié avec son équipe tout en saluant la fraternité et la solidarité gambiennes.
Cela dit, sur le terrain, nous avons vu du bon, du moins bon et du véritablement bon.
Commençons par le moins emballant.
La prestation de certains joueurs n’a pas permis de porter un jugement réel sur leur valeur.
Pour le Mondial, Pathé Ciss, Nobel Mendy, Assane Diao et Chérif Ndiaye doivent être revus dans un autre contexte et sur un autre registre. Ils méritent d’être corrigés.
Nobel Mendy, souvent en retard. Pathé Ciss, maladroit sur les contrôles et les relances. Assane Diao, trop enclin à porter la balle et à traverser inutilement le terrain. Il a tendance à jouer de façon latérale. Son jeu en profondeur n’a pas été efficace. Chérif Ndiaye a eu des difficultés à jouer en pivot, comme il le fait d’habitude, et à aller aux contacts pour gêner les défenseurs.
Il faut également dire que cette équipe du Sénégal a encore beaucoup de choses à rectifier, tant sur le plan défensif qu’offensif, surtout en première mi-temps. Le dispositif tactique en 3-4-3 y est sans doute pour quelque chose. Le jeu s’est opéré sans véritable milieu de terrain et la défense a eu de la peine à contenir l’adversaire.
Il faut revoir les prestations de chaque joueur, car on a besoin de chacun d’eux dans les meilleures conditions. Sur les flancs hauts, Pape Thiaw a misé sur le faux placement de Krépin Diatta, toujours égal à lui-même, et Pape Malick Diouf sur un registre inédit. Cela a eu pour conséquence de le mettre, non pas en difficulté, mais en questionnement sur ce qu’il doit faire : porter le ballon ou faire la passe, défendre ou attaquer.
Pape Thiaw a du travail pour éviter certains déchets et prises de balle approximatives.
Il s’agit là d’une première impression qui demande des réajustements. Fondée ou non, elle appelle à réflexion avant le Mondial.
Il faut impérativement améliorer les transitions et les passages entre temps forts et temps faibles.
Yehvann Diouf est souvent obligé de patienter pour relancer, faute de relais au milieu. Le décrochage n’est pas automatique : les attaquants attendent là où les permutations, le décrochage et le jeu sans ballon sont des solutions.
C’est sur ce registre qu’un Assane Diao est attendu pour l’animation du jeu et les phases de transition profonde. Le garçon est bon, mais il lui manque encore du temps de jeu pour maîtriser ses instincts. Il a beaucoup à faire dans la verticalité et le jeu en profondeur.
Au registre des satisfactions, il faut citer l’axe central, Habib Diarra en première mi-temps, Ismaïla Sarr, qui s’est beaucoup battu et qui joue maintenant un rôle défensif impressionnant.
Le visage affiché en seconde mi-temps avec Lamine Camara, Ibrahim Mbaye, Idrissa Gana Gueye, avec comme élément moteur Bamba Dieng, a été assez convaincant.Tout compte fait, le Sénégal a su déjouer le match piège qui, annoncé comme un match de gala, a été vécu comme une apothéose.
Il ne faut surtout pas oublier un joueur de poche comme Sabaly. Il est en concurrence avec Diao et Diakhon. Il mérite de revenir pour ce qu’il a déjà montré.
Un garçon qui dégage de la baraka.Bamba Dieng s’est bien battu. Il est de la trempe d’un Gerd Müller. Il mérite d’être revu dans l’équipe type des Lions.
Mamadou Kassé

