La « révolution » lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) dépasse le cadre du score. Le Sénégal a imposé une nouvelle norme :
L’excellence endogène : Gagner avec une expertise locale et une rigueur tactique qui n’ont rien à envier aux nations occidentales.
La fin du « tapis vert » :
En insistant sur la victoire acquise sur le terrain, le Sénégal refuse la victimisation ou les raccourcis administratifs. C’est une leçon de dignité sportive.
Démocratisation mondiale : En bousculant la hiérarchie, le Sénégal (et d’autres nations africaines) prouve que le centre de gravité du football se déplace. Le talent ne suffit plus, il faut une structure et une résilience mentale, ce que les « Lions » incarnent parfaitement.
L’empreinte de la résilience
Il est vrai qu’il ne faut pas être surpris. Le football est devenu, pour le Sénégal, un espace de réaffirmation de soi. C’est le miroir d’un peuple qui a appris à naviguer entre les cultures (arabe, européenne, africaine) tout en gardant une identité forte et une capacité de résistance intacte.
« Le football n’est ici que la partie émergée d’un iceberg de résilience qui s’est forgé sur des siècles de confrontations historiques. »
C’est une perspective fascinante qui lie le destin géopolitique d’une nation à ses performances athlétiques.
L’affirmation de la souveraineté sportive sur le terrain, telle que le Sénégal l’a portée, force les instances internationales comme la FIFA à repenser un système qui a longtemps été eurocentré.
Comment cette « victoire sur le terrain » et cette résilience transforment les relations de pouvoir dans le football mondial :
1. La fin du complexe d’infériorité technique
Pendant des décennies, le football africain était perçu par la FIFA et les clubs européens comme un réservoir de « force brute » ou de « talents bruts » à polir en Europe.
Le changement : En gagnant avec une structure tactique rigoureuse et une discipline de fer, le Sénégal a prouvé que l’expertise stratégique n’est plus l’apanage du Nord.
L’impact : Cela oblige la FIFA à investir davantage dans la formation des cadres locaux (entraîneurs, administrateurs) plutôt que d’envoyer systématiquement des « sorciers blancs » pour diriger les sélections.
2. Le poids politique et le « veto » de la performance
La performance du Sénégal (couplée à celle du Maroc au Mondial 2022) a été l’un des moteurs du passage à 9 ou 10 places pour l’Afrique lors de la Coupe du monde 2026.
Ce n’est plus une « faveur » accordée par équité géographique, mais une nécessité commerciale et compétitive pour la FIFA.
Le Sénégal a démontré que le niveau global du football mondial ne peut plus être dicté par le seul axe UEFA-CONMEBOL sans perdre en crédibilité.
3. La lutte contre le « tapis vert » et la corruption
Privilégier le terrain sur les décisions administratives (le tapis vert) est un acte de dignité.
En imposant une éthique de la victoire par le mérite, le football sénégalais pousse les instances (CAF et FIFA) vers plus de transparence et d’équité.
L’arbitrage (avec la VAR notamment) est devenu un enjeu de justice : les nations africaines ne veulent plus être les victimes « habituelles » d’erreurs administratives ou de jugements biaisés.
4. La valeur économique du « produit Afrique »
La résilience sénégalaise a transformé la CAN en un produit premium.
Auparavant, les clubs européens faisaient pression pour ne pas libérer les joueurs.
Aujourd’hui, le respect acquis sur le terrain fait que la CAN est suivie mondialement. La FIFA doit désormais composer avec un calendrier qui respecte la souveraineté des compétitions africaines, sous peine de se mettre à dos un continent qui représente le plus grand bloc de voix lors des élections présidentielles de la FIFA.
En somme, le Sénégal n’a pas seulement gagné des matchs ; il a validé un modèle de développement autonome. Cette capacité à résister aux pressions extérieures, héritée de son histoire longue, est devenue son meilleur atout diplomatique sur la scène sportiv
MAMADOU KASSE

