Il aura fallu un parfum de scandale suffisamment entêtant pour enfin faire vaciller l’un des piliers les plus arrogants de la forteresse de la Confédération africaine de football. Car oui, dans les couloirs capitonnés où l’opacité est une tradition et l’entre-soi une religion, une tête vient de rouler et pas n’importe laquelle. Le très incontournable, l’intouchable autoproclamé, Véron Mosengo-Omba, s’est subitement “retiré”. Officiellement, une démission. Officieusement, un débarquement en rase campagne, sous les regards acides d’un comité exécutif à bout de nerfs.
Depuis des lustres, son nom circulait comme une rumeur persistante dans les arrière-salles du pouvoir footballistique africain. Trop puissant pour tomber, disait-on. Trop enraciné pour être déraciné. Mais voilà que l’édifice s’est fissuré, et par où ? Par ce qui devait être une simple formalité : la composition d’un jury d’appel. Une mécanique censée incarner la justice, mais qui, à force de manipulations, s’est muée en farce institutionnelle.
L’attribution de la CAN 2025 au Maroc ? Une décision qui, loin d’élever le débat, a exhalé des relents de cuisine interne mal aérée. Dans ce théâtre d’ombres, les juges semblaient choisis comme des figurants dociles, calibrés pour valider l’inévitable. Trop parfait pour être honnête. Trop lisse pour être crédible. Et dans une maison déjà habituée aux arrangements, ce surplus d’indécence a fini par faire déborder le vase.
Et pendant que les têtes tombent, les voix s’élèvent. Sortant d’un silence devenu embarrassant, Patrice Motsepe s’est enfin exprimé, à l’issue d’un Comex sous haute tension digne d’un huis clos explosif. Le président de la CAF, en chef de chœur tardif, a lancé un appel solennel à “l’union sacrée”, comme si quelques mots bien polis pouvaient recoller les fissures d’une institution en plein craquement.
Mais voilà que le même Motsepe annonce désormais une visite au Sénégal. Et là, une autre question, plus brûlante encore, surgit, presque insolente dans sa simplicité : doit-on vraiment lui dérouler le tapis rouge après tout cela ? Après les zones d’ombre, les décisions contestées et ce sentiment diffus d’injustice, l’accueil ne relève plus de la diplomatie… mais du jugement.
Car sur le terrain, une autre vérité s’impose : celle d’un Sénégal sacré balle au pied, pendant qu’en coulisses, les décisions se prennent dans une tout autre logique. Un contraste presque obscène entre mérite sportif et arrangements administratifs. Et c’est précisément là que le bât blesse.
L’appel à l’unité de Motsepe ressemble alors à un baume posé sur une plaie infectée : apaisant en surface, mais incapable de traiter le mal en profondeur. Suffira-t-il à calmer la frustration des supporters sénégalais, témoins d’un football à deux vitesses — celui qui se joue sur la pelouse, et celui qui se décide dans les salons feutrés ? Rien n’est moins sûr.
À la place de Mosengo-Omba, l’intérim confié à Samson Adamu sonne comme une solution provisoire dans une crise qui, elle, ne l’est pas. Car derrière la chute d’un homme, c’est tout un système qui vacille. Et dans ce grand ménage annoncé, il reste à savoir si l’on nettoie vraiment… ou si l’on se contente, une fois de plus, de déplacer la poussière sous le tapis.
Malick BA

