La Coupe du monde 2030 sera-t-elle la vérité ou le piège des algorithmes ? À l’horizon 2030, le Maroc ne s’apprête pas seulement à fouler la pelouse des stades les plus modernes du monde. Il s’apprête à entrer dans l’arène la plus complexe du XXIe siècle : celle de la guerre informationnelle asymétrique. Stratégie savamment concoctée.
Alors que les grues s’activent à plein régime et que les rails de la LGV fendent le paysage, une autre infrastructure, invisible celle-là, se déploie : celle des flux de données et des opinions mondialisées. Financements tous azimuts, ciblage des secteurs stratégiques, stratégie de riposte envers tout ce qui peut constituer un obstacle.
La CAN 2025 qui vient de se tenir dans ce royaume, avec toutes les péripéties que l’on connaît, n’est en fait que la première manifestation de cette hégémonie qui dérange le monde sportif.
L’enjeu dépasse en fait le cadre du sport.
Dans un monde où l’intelligence artificielle peut cloner une voix officielle en quelques secondes ou saturer l’espace numérique de récits alternatifs.
Pour le Maroc, le Mondial 2030 sera le crash-test de la souveraineté numérique.
Organiser une Coupe du monde, c’est s’exposer. C’est offrir une caisse de résonance inédite à ceux pour qui la déstabilisation est une arme de soft power. Le combat est ainsi annoncé contre l’adversité. Pour les « fermes de bots » et les officines d’influence, chaque fan-zone est une cible, chaque émotion populaire une faille à exploiter. « Une simple vidéo, un incident mineur amplifié par des algorithmes malveillants, et c’est l’image de tout un royaume, bâtisseur et stable, qui est mise à l’épreuve ».
Face à cette asymétrie — où le coût de la destruction d’une réputation est dérisoire face au coût de sa construction — la meilleure ligne de défense, selon le Maroc, ne sera pas technologique, mais humaine.
C’est ici que le rôle du journaliste doit être aiguisé par ce qui est en train de se jouer sous nos yeux.
La souveraineté ne se décrète pas, elle se bâtit. Elle réside dans notre capacité à vacciner l’opinion publique contre la manipulation, à certifier l’information et à protéger notre espace numérique comme nous protégeons nos frontières.
En 2030, le score final ne se lira pas seulement sur les panneaux d’affichage des stades, mais dans la résilience de la vérité nationale.
Voilà le Maroc tel qu’il se découvre avec les événements de la CAN et son obstination d’aller au bout de sa logique conquérante.
Voilà pourquoi les Marocains répondent à d’autres logiques moins humanistes et plus agressives envers l’Afrique.
Tous ceux qui, pour une raison ou une autre, se mettent au travers de cette nouvelle vision du développement du Maroc seront écartés sans ménagement.
À nous de comprendre cette logique et d’y faire face selon nos intérêts.
Mamadou Kassé

