Hydraulique rurale : le Sénégal lance une réforme de fond pour sortir de la crise de l’eau

Hydraulique rurale : le Sénégal lance une réforme de fond pour sortir de la crise de l’eau

Dans les campagnes sénégalaises, l’accès à l’eau potable reste une équation fragile. Entre infrastructures vieillissantes, baisse des rendements et défaillances dans la gestion, de nombreuses localités continuent de faire face à des pénuries récurrentes. Un constat préoccupant qui pousse l’État à enclencher une réforme d’envergure, articulée autour d’investissements massifs et d’une refonte du modèle de gouvernance.

C’est dans ce contexte que l’Office des Forages Ruraux a dévoilé une stratégie ambitieuse lors d’un Comité local de développement tenu le 18 mars 2026 à Ngoye. À cette occasion, son directeur général, Serigne Mbacké Dieng, a dressé un diagnostic sans détour : le secteur souffre d’un « déficit d’investissement chronique » accumulé sur plusieurs décennies.

Pour inverser la tendance, cinq projets structurants seront déployés dès cette année. Ils concernent notamment la deuxième phase du programme d’alimentation en eau potable, un plan d’urgence pour renforcer les systèmes de distribution, le PASEA-RD destiné aux zones défavorisées, un programme spécifique pour le sud du pays, ainsi qu’un projet multi-villages dans les régions de Matam et Tambacounda. Au total, plusieurs dizaines de milliards de francs CFA seront mobilisés pour soutenir cet effort.

Au-delà des annonces, les objectifs opérationnels traduisent une volonté d’accélération sans précédent. Plus de 180 forages et autant de châteaux d’eau devraient voir le jour en l’espace de deux ans. À cela s’ajoutent près de 1 450 kilomètres d’extension de réseaux et des milliers de branchements sociaux. Une réponse jugée indispensable, alors qu’un forage sur trois est aujourd’hui en fin de vie et que les performances des réseaux restent largement insuffisantes.

Mais la crise de l’eau en milieu rural ne se résume pas à un déficit d’infrastructures. Elle révèle aussi des failles profondes dans la gouvernance du secteur. Sur le terrain, les dysfonctionnements sont nombreux : gestion peu transparente, prolifération de comités illégaux, difficultés de recouvrement des factures, retards dans la maintenance et insuffisances techniques. Autant de facteurs qui fragilisent la continuité et la qualité du service.

Pour y remédier, l’État mise sur la professionnalisation de la gestion à travers la Délégation de service public (DSP). Dans les zones déjà affermées, comme l’axe Thiès-Diourbel, l’opérateur Aquatech Sénégal entend optimiser les installations existantes. Son directeur général, Ansou Gnabaly, met en avant le potentiel de l’interconnexion des réseaux, qui permettrait de redistribuer l’eau des zones excédentaires vers celles en déficit, sans attendre de nouveaux investissements lourds.

Sur le terrain toutefois, les attentes restent fortes. Lors du CLD, présidé par la sous-préfète Coumba Sall Wade, élus, autorités administratives et usagers ont exprimé leurs inquiétudes face aux difficultés persistantes. Tous ont insisté sur la nécessité d’un accompagnement renforcé pour garantir l’adhésion des populations à cette réforme.

Conscient des résistances et des incompréhensions, l’OFOR prévoit d’intensifier le dialogue à la base. Des audits techniques et financiers des ASUFOR sont également annoncés dès cette année, dans l’objectif d’assainir la gestion et de restaurer la confiance entre les usagers et les opérateurs.

Au final, la réforme engagée s’inscrit dans une transformation systémique du secteur de l’hydraulique rurale. Moderniser les infrastructures, réorganiser la gouvernance et impliquer davantage les populations : tels sont les piliers d’une stratégie qui ambitionne de garantir, à terme, un accès équitable, durable et fiable à l’eau potable pour les zones rurales du Sénégal. Un chantier colossal, dont la réussite dépendra autant de la rigueur de sa mise en œuvre que de l’adhésion des communautés concernées.

EL FAYE

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