À la veille d’une cérémonie hautement symbolique prévue au Stade de France, le contentieux entre le Sénégal et le Maroc autour du titre continental franchit un seuil inédit. Ce qui relevait jusque-là d’un différend sportif prend désormais une dimension juridique directe sur le sol français.
Me Mourad Elajouti, président du Club des avocats marocains, a confirmé l’envoi d’une mise en demeure officielle à l’enceinte qui doit accueillir l’événement ainsi qu’à la société GL Events, en charge de l’organisation. L’objectif est clair : empêcher la tenue d’une cérémonie que la partie marocaine juge juridiquement infondée.
Au cœur de l’argumentaire, une décision du Jury d’Appel de la Confédération africaine de football, datée du 17 mars 2026, qui aurait retiré le titre au Sénégal pour le réattribuer au Maroc. Sur cette base, les avocats marocains estiment que la Fédération sénégalaise de football ne peut plus se prévaloir du statut de champion d’Afrique.
« Cette célébration repose sur un titre dont la FSF a été officiellement déchue », soutient Me Elajouti, dénonçant une situation qu’il qualifie d’« usurpation de titre ». En l’absence, selon lui, d’une décision suspensive du Tribunal arbitral du sport, la décision de la CAF resterait pleinement exécutoire.
La stratégie juridique marocaine ne se limite pas à une contestation symbolique. Elle s’appuie également sur le droit français, notamment l’article 1240 du Code civil, qui fonde la responsabilité civile en cas de faute. Les organisateurs de la cérémonie pourraient ainsi être exposés à des poursuites et à des demandes de dommages-intérêts si l’événement était maintenu.
Cette escalade judiciaire, à quelques heures de la cérémonie, place les organisateurs dans une position délicate et jette une incertitude majeure sur le déroulement de l’événement. Elle illustre surtout la profondeur de la crise qui secoue actuellement la gouvernance du football africain, où décisions sportives et batailles juridiques s’entremêlent désormais ouvertement.
Reste à savoir si une intervention de dernière minute du TAS ou des autorités compétentes viendra suspendre la procédure ou, au contraire, consacrer un peu plus l’imbroglio autour de ce titre continental devenu explosif.
el faye

