Né en 1885 à Saint-Louis, Serigne Babacar Sy s’inscrit très tôt dans une trajectoire marquée par la baraka et la faveur divine. Fils de El Hadji Malick Sy et de Sokhna Rokhaya Ndiaye, il grandit dans un environnement où la science religieuse et la spiritualité ne faisaient qu’un. Dès l’enfance, il se distingue par une maturité rare, une grande retenue et un attachement profond à l’adoration, se consacrant à l’apprentissage du Coran, à la méditation et au dhikr.
Sa formation auprès de grands maîtres lui permet d’acquérir une maîtrise précoce des sciences islamiques, mais c’est surtout la tarbiyya, l’éducation spirituelle, qui forge sa personnalité. Très tôt, il manifeste une conscience aiguë de sa destinée, affirmant plus tard que son rôle de khalife relevait d’un décret divin, indépendamment même de ses origines.
Le khalifat comme « Amana » : une responsabilité sacrée
En 1922, à la disparition de El Hadji Malick Sy, la communauté tidiane entre dans une phase décisive. À seulement 37 ans, Serigne Babacar Sy accède au khalifat, assumant cette charge comme une « Amana », un dépôt sacré dont il devra répondre devant Dieu.
Face aux contestations, il affirme avec autorité la légitimité de sa position, tout en mesurant pleinement la responsabilité qui lui incombe. Pendant trente-cinq ans, il s’emploie à préserver et consolider l’héritage de son père, tout en l’adaptant aux réalités de son époque.
Il structure la vie religieuse à travers la création des dahiras dès 1932, véritables espaces de formation spirituelle et sociale. Il propose également une vision équilibrée de la vie du disciple à travers ses recommandations devenues célèbres : religion, métier, voie spirituelle, dahira et attachement à Tivaouane. Une synthèse où foi et engagement social s’entrelacent harmonieusement.
L’istiqâma : une éthique de vie
Au cœur de son enseignement se trouve l’istiqâma, la droiture constante. Pour lui, la foi ne peut être authentique sans une cohérence totale entre les croyances et les actes. Il développe ainsi une véritable éthique du comportement, résumée dans ses maximes sur le « gor » (l’homme digne), appelant à la vérité, à la fidélité et à l’intégrité en toute circonstance.
Cette exigence morale ne se limite pas aux principes : elle s’incarne dans sa vie quotidienne. Refus de l’injustice, respect strict de la parole donnée, sens de la réparation et exemplarité dans les moindres détails traduisent une spiritualité vécue, exigeante et cohérente.
Un héritage vivant
Le 25 mars 1957, Serigne Babacar Sy est rappelé à Dieu. Mais son influence demeure intacte. À travers les dahiras, les générations de disciples et la vitalité de la Tijaniyya, son enseignement continue d’irriguer les consciences.
Son héritage dépasse le cadre religieux pour interroger chaque génération sur sa capacité à incarner la droiture, la sincérité et la constance. Car, au fond, son message reste d’une actualité saisissante : la proximité divine ne se proclame pas, elle se construit dans la rigueur des actes et la fidélité du cœur.
EL FAYE

