Le champ offshore Sangomar a franchi un cap décisif en 2025. Dans son rapport annuel publié le 24 février 2026, l’opérateur australien Woodside Energy met en avant une performance qu’il qualifie d’« exceptionnelle », marquée par une production maintenue proche de la capacité nominale de 100 000 barils par jour durant la majeure partie de l’année. Une cadence qui consolide l’entrée du Sénégal dans le club restreint des pays producteurs de pétrole, mais qui relance en parallèle le débat sur la part réelle des bénéfices captée par l’État.
Une année pleine sous le signe de la performance
Détenant 82 % des parts du projet, Woodside revendique une fiabilité opérationnelle de 98,7 %, un standard présenté comme « de classe mondiale ». Pour sa première année complète d’exploitation, Sangomar aurait généré 1,9 milliard de dollars de revenus d’exploitation et 1,702 milliard de dollars d’Ebitda pour la seule part de la compagnie australienne.
Depuis le démarrage de la production en juin 2024, le champ aurait déjà contribué à hauteur de 2,6 milliards de dollars d’Ebitda dans les comptes du groupe. Ces résultats ont largement soutenu la performance globale de Woodside en 2025, lui permettant d’atteindre un niveau de production record à l’échelle internationale, malgré un contexte de repli des prix sur les marchés pétroliers.
Sur le plan sécuritaire, l’entreprise met également en avant un bilan sans incident majeur, affirmant n’avoir enregistré aucune blessure au cours des 18 premiers mois d’activité sur le site.
Productivité accrue et argument environnemental
Au-delà des volumes extraits, Woodside insiste sur les gains d’efficacité réalisés. Le groupe affirme avoir réduit de 15 % ses émissions directes de gaz à effet de serre (Scopes 1 et 2) par rapport à 2024, malgré une hausse globale de sa production d’hydrocarbures. Cette baisse serait attribuable à l’optimisation des installations et au recours à des crédits carbone.
Dans cette dynamique, l’opérateur ambitionne de maintenir un plateau de production prolongé à Sangomar, tout en poursuivant une politique de maîtrise des coûts. À l’échelle du groupe, ceux-ci auraient diminué de 4 % en 2025, traduisant une stratégie centrée sur la rentabilité et la discipline financière.
Des chiffres qui interrogent à Dakar
Si les indicateurs industriels sont au vert, l’équation budgétaire sénégalaise apparaît plus nuancée. Aucune communication détaillée n’a été faite sur la part exacte revenant à l’État ou à Petrosen, alimentant les interrogations sur la transparence des flux financiers et l’architecture contractuelle du projet.
Devant les députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment exprimé des réserves sur l’impact immédiat du pétrole dans les finances publiques. Pour 2026, les recettes attendues de l’exploitation pétrolière sont estimées à 76 milliards de FCFA sur un budget global d’environ 6 000 milliards. Une progression est annoncée pour 2027, avec des prévisions autour de 128,6 milliards de FCFA.
Des montants jugés modestes par une partie de l’opinion, au regard des performances financières affichées par l’opérateur. Cette asymétrie apparente ravive les débats sur la redistribution de la rente pétrolière, la fiscalité extractive et la gouvernance des ressources naturelles.
Une phase 2 en perspective
Dans le même temps, Woodside étudie les contours d’une seconde phase de développement. L’objectif serait de s’appuyer sur le FPSO et les infrastructures sous-marines existantes afin d’optimiser les investissements et de prolonger la durée de vie du gisement.
À mesure que Sangomar s’installe dans sa phase de maturité, le défi pour le Sénégal ne réside plus seulement dans la réussite technique de l’exploitation, mais dans la transformation de cette performance industrielle en levier tangible de développement économique et social. L’ère pétrolière sénégalaise est lancée ; reste à savoir si elle tiendra ses promesses budgétaires et souveraines.
EL FAYE

