NECESSITÉ D’UN ÉTABLISSEMENT D’UNE CHARTE AFRICAINE DU FOOTBALL

NECESSITÉ D’UN ÉTABLISSEMENT D’UNE CHARTE AFRICAINE DU FOOTBALL

En retenant les jeunes supporters sénégalais après la CAN 2026, suite aux événements de la finale face au Sénégal, le Maroc vient de commettre une erreur stratégique qui risque d’hypothéquer son image de pays de football. Sa décision, contre toute attente, de prendre en otage les supporters, qui en fait n’ont été ni à l’origine des incidents ni à la base des problèmes d’organisation, attire davantage sur le Maroc l’antipathie du monde du football, qui a bien suivi les péripéties de cette finale et tous les faits et gestes qui l’ont précédée.

Retenir les jeunes Sénégalais, c’est s’enfoncer dans le déni en oubliant que la première, et même la principale responsabilité de la CAN, revient au pays organisateur. C’est à lui qu’incombe la responsabilité de veiller aux conditions de séjour et de vie des joueurs et des supporters, ainsi qu’à leur sécurité. Les Marocains n’avaient donc pas le droit de créer les conditions d’une insécurité dans les stades et en dehors, en ne respectant pas les cahiers des charges de la CAF et de la FIFA.

Il faut donc que le Maroc se ressaisisse, son image étant sérieusement ternie par ce spectacle.

Au lieu d’une focalisation sur les jeunes supporters sénégalais, qui n’étaient venus au Maroc que pour célébrer la fête du football africain, les Marocains doivent faire leur introspection pour apprécier leurs propres responsabilités. Ainsi, seront-ils en droit de pointer du doigt les organisateurs locaux et de reconnaître que les officiels, les stadiers, les ramasseurs de balles, les agents de sécurité… ont tous failli à leurs obligations.

En le faisant, le Maroc pourrait se faire comprendre et pardonner, car au-delà du Sénégal, c’est à la communauté africaine et mondiale qu’il doit des excuses. C’est dans cet élan qu’il serait souhaitable d’établir une charte du supporter qui définirait les responsabilités de chaque partie en compétition.

Voici une proposition de charte :

CHARTE INTERNATIONALE DE L’HOSPITALITÉ ET DE LA SÉCURITÉ DES SUPPORTERS
« Pour un football africain digne, uni et protecteur »

PRÉAMBULE : L’esprit de fraternité
Au nom de la fraternité africaine, le football doit demeurer un espace de célébration et de rencontre. En tant que pays hôte, l’État organisateur s’engage à traiter chaque supporter et chaque athlète non pas comme un étranger, mais comme un invité d’honneur de la nation. La passion du jeu ne doit jamais justifier l’atteinte à la dignité.

ARTICLE I : Le droit inaliénable à la sécurité
La protection et la sécurité physique et morale des joueurs et des supporters sont la priorité absolue et non négociable de toute compétition.

  • Intégrité physique : protection totale contre toute forme de violence ou d’agression.
  • Intégrité morale : interdiction stricte du harcèlement, des humiliations, des insultes xénophobes et des mesures de rétention arbitraires.

ARTICLE II : Responsabilité et engagement de l’hôte
Le pays organisateur est juridiquement responsable de la gestion des flux et des comportements de ses forces de sécurité. Il s’engage à :

  • Former ses stadiers et ses forces de l’ordre aux standards internationaux de désescalade.
  • Assumer officiellement toute défaillance organisationnelle par des excuses publiques et des réparations si nécessaire.

ARTICLE III : Mécanismes de recours immédiat
Pour passer des paroles aux actes, les dispositifs suivants sont déployés :

  • Unité « SOS Supporters » : brigade mobile d’observateurs indépendants habilités à intervenir dans les zones de contrôle et de rétention.
  • Alerte numérique : une application dédiée permettant le signalement géolocalisé de tout abus d’autorité ou agression en temps réel.
  • Droit consulaire : obligation de notifier le consulat de la nation concernée dans un délai de deux heures en cas de litige avec un supporter.

ARTICLE IV : La Commission paritaire des supporters (CPS)
Une instance citoyenne est créée pour chaque tournoi afin de garantir la transparence :

  • Composition : représentants des associations de supporters, membres d’ONG et délégués de la CAF.
  • Pouvoirs : accès illimité aux zones de sécurité et publication d’un « Bulletin de l’hospitalité » quotidien.
  • Primauté : en cas d’enquête, le rapport de la CPS fait foi face aux rapports de police locaux.

ARTICLE V : Sanctions et inéligibilité
Tout manquement grave aux principes de cette charte (violences systémiques, rétentions injustifiées, non-assistance) entraînera :

  • Le huis clos immédiat pour le pays hôte.
  • L’inéligibilité automatique à l’organisation de compétitions internationales pour une période de 5 à 10 ans.

Engagement : « Le football ne vaut rien sans le respect de ceux qui le font vivre. »

Mamadou Kassé

journaliste

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