Le cas de la présence encore injustifiée des 17 jeunes supporters sénégalais au Maroc pour un procès toujours renvoyé , me rappelle étrangement un autre événement survenu à Bangui, en Centrafriqe. C’était en 1979. A l’époque, les compétitions ne bénéficiaient pas encore de la télévision et les reportages se faisaient avec des micros à fil. Je couvrais le match ASFA-Tempête MOCAF de Bangui en coupe d’Afrique des clubs.
A l’époque, Bokassa, encore empereur, ne voulait pas céder ce qui était le meilleur stade d’Afrique de basket, arguant qu’il y avait installé son arsenal de roi. Les Centrafricains qui étaient avec les Sénégalais les meilleurs en Afrique étaient déjà frustrés par ce refus et la Confédération Africaine n’avait d’autre choix que d’utiliser l’ancien hangar qui servait de stade. Le match fut d’une intensité rare et plus les minutes se suivaient, plus l’ASFA marquait des points. Vers la fin, les supporters centrafricains coupèrent le micro de mon compagnon d’infortune Laye Diaw alors à la RTS.
Puis, quelques minutes avant la fin, l’électricité. Tout le stadium était plongé dans le noir. Ce qui nous sauva d’ailleurs car la pénombre nous servait d’échappatoire grâce à l’intelligence stratégique de celui qui fût notre ambassadeur dans le pays, le GL Amadou Belal Ly. Ce jour, c’était le sauve qui peut dans une camionnette de la Police vers l’ambassade. La suite, vous la connaissez sans doute. La coupe n’avait pas été remise par les autorités de la CAB et l’équipe est rentrée sans son trophée. Attendue à Dakar par une ferveur populaire, les dirigeants de l’époque ont eu la présence d’esprit d’acheter un trophée à l’escale d’Abidjan pour satisfaire les attentes, le temps de recevoir la coupe dédiée.
Voilà la belle aventure qui rappelle qu’en Afrique, on a encore des espaces de liberté à conquérir en sport.Ce que le Maroc vient de faire en prenant en otages les 17 supporters, constitue, jusqu’à preuve du contraire, une forme de chantage qui ne se justifie ni sur le plan du droit ni sur le plan des règles de sportivité. Quand on prend en otage une dizaine de supporters présents sur le terrain et dans des événements non provoqués, on n’applique plus le droit. On cherche des coupables désignés pour évacuer des responsabilités qui doivent incomber d’abord aux organisateurs. Une compétition, c’est d’abord l’organisation avant la participation. Mais, il y a eu une telle confusion de genres que la CAN a dévoyé l’esprit sportif et la diplomatie entre les peuples.

