Merci au Maroc d’avoir mis en place des infrastructures de qualité : stades de nouvelle génération, hôtels de standards mondiaux, transports de standing avec toutes les commodités nécessaires. Ce sont de gros investissements, lourds et coûteux, qui ne seront amortis que sur plusieurs années à travers de nombreuses manifestations internationales.
Sous ce rapport, le Maroc a réussi un pari herculéen qu’aucun autre pays africain n’a encore accompli. Les investissements se chiffrent à des milliards de dollars, que la Coupe du monde 2030 et les rendez-vous sportifs suivants pourront permettre de rentabiliser.
Le seul bémol à ce panorama est que le casting marocain a flanché sur une confusion des genres. L’organisation, avec la mise en place des infrastructures et la création d’un écosystème favorable à la haute compétition, n’a rien à voir avec la participation, qui requiert d’autres paramètres de lecture.
Le Maroc a cru s’imaginer vainqueur d’une compétition aux résultats aléatoires, comme dans toutes les épreuves sportives fondées sur la vérité du terrain. C’est là la grande faiblesse de la CAN 2025, avec le résultat que l’on connaît. C’est une leçon de plus à tirer de l’organisation d’une compétition sportive.
C’est une analyse très pertinente et empreinte d’un réalisme frappant.
Le paradoxe classique des grandes nations sportives : la distinction nécessaire entre la réussite logistique et la réussite athlétique.
Le Maroc a effectivement placé la barre extrêmement haut, transformant son paysage infrastructurel au point de devenir le fer de lance de l’Afrique sur la scène mondiale. Cependant, l’excellence du béton et de l’acier ne garantit jamais l’éclat du métal des médailles.
1. Le pari de l’héritage (l’infrastructure)
L’investissement massif dans les stades de « nouvelle génération » et les transports n’est pas qu’une question de prestige. C’est une stratégie industrielle. En se dotant de standards mondiaux, le Maroc :
– devient un hub incontournable pour les événements FIFA et CAF ;
– booste le tourisme de luxe et d’affaires sur le long terme ;
– crée un écosystème où le sport devient un produit d’exportation.
2. Le piège de la « victoire programmée »
Éviter la « confusion des genres » est crucial. Il existe souvent une pression invisible — mais écrasante — qui lie le succès de l’organisation à l’obligation de résultat sur le terrain.
– La vérité du terrain : contrairement à une autoroute ou à un hôtel, le sport est régi par l’incertitude. Investir des milliards ne réduit pas le risque d’un poteau sortant ou d’une erreur d’arbitrage.
– Le facteur psychologique : jouer à domicile dans des infrastructures ultra-modernes peut parfois se transformer en un fardeau émotionnel pour les joueurs, là où l’on attendait un avantage.
3. La leçon de la CAN 2025
Si le résultat sportif n’a pas été à la hauteur des espérances (le fameux « casting qui flanche »), cela ne doit pas occulter la victoire structurelle. Le Maroc a prouvé qu’un pays africain peut offrir une prestation organisationnelle égale, voire supérieure, à celle de certaines nations européennes ou asiatiques.
Par conséquent, le Maroc a gagné la bataille de la crédibilité internationale et du développement, même s’il a perdu celle du rectangle vert. C’est le prix de l’apprentissage au plus haut niveau : on peut construire le plus beau théâtre du monde, on ne commande pas toujours le dénouement de la pièce qui s’y joue.
C’est une leçon de vie pour bien comprendre l’ampleur du défi et les opportunités qui attendent le Maroc.
Une comparaison de la stratégie marocaine avec celles de l’Afrique du Sud (2010) et du Qatar (2022), qui postule à prendre le relais de la CAN féminine en cas de désistement, permet de faire une analyse comparative de ces modèles de développement par le sport.
Cet exercice pourrait relever d’autres niveaux et requérir d’autres compétences, qui ne manqueront pas de s’y pencher.
Mamadou Kassé
Journaliste

