Ce qui rend ce titre de champion d’Afrique encore plus puissant et savoureux, au-delà du contexte et de la victoire nette face au pays organisateur – quels que soient par ailleurs les épiphénomènes extérieurs au jeu -, c’est la ferveur inégalée qui unit le peuple sénégalais à ses « Lions ».
La parade et la réception des joueurs furent des moments d’unité nationale rare. J’ai lu que deux patrons de presse que tout divise sur leur lignes éditoriales ont semble-il tenir presque le même le même discours sur ce qui se joue autour de l’équipe nationale. Le président de la République, les hautes autorités de l’État, les acteurs du sacre continental, les leaders politiques de tous bords, la société civile… et les artistes, réunis dans une même tribune, les sourires aux lèvres, devant le Sénégal tout entier, incarnaient une fusion autour d’une passion nationale unique.
Des rues de Dakar aux villages les plus reculés – je pense à ce professeur de mathématiques ayant quitté Sinthiane, dans le département de Kanel grelottant à Tanger-, en passant par la diaspora (rencontre de jeunes étudiants et de familles venues de la région parisienne, de Boston ou d’Atlanta… – l’unité derrière l’équipe nationale a transcendé tous les clivages et toutes les générations.
Cette passion n’est pas seulement émotionnelle ; elle est une force politique. Lorsque Pape Thiaw ou nos joueurs s’expriment sur le terrain, c’est le pouls de dix-huit millions de Sénégalais qui bat en eux. Cette symbiose entre le peuple et son équipe est notre plus grand bouclier. Elle impose toutefois à la Fédération et aux autorités compétentes (ministère et CNOSS) d’agir avec diligence, rigueur scientifique et anticipation : se doter d’une défense juridique solide, de dossiers irréprochables, d’arguments implacables et de précédents jurisprudentiels internationaux – comme l’Argentine de Messi – afin de prévenir toute sanction lourde ou décision arbitraire de nature à affecter nos résultats sportifs et nos dirigeants, leur moral à cinq mois de notre match contre l’équipe de France dans le cadre de la Coupe du monde 2026. Il nous faut une préparation avec toute la sérénité nécessaire.
Car pour continuer à rivaliser loyalement avec les grandes nations, le Sénégal – et, au-delà, le football mondial – a besoin de ces joueurs valeureux et de leur encadrement, qui ont enchanté l’Afrique durant cette CAN et bien avant, notamment par exemple la qualification à la Coupe du monde 2026.
D’autres défis nous attendent désormais : non plus la couronne sur la tête ou la médaille au cou, mais la quête de responsabilités au sein des instances continentales et internationales.
L’impératif de la présence à la FIFA et à la CAF
Nous le disons avec clarté : un paradoxe doit être brisé. Comment notre nation, qui domine le football africain depuis dix ans, peut-elle demeurer sous-représentée dans les instances de décision continentales et mondiales ?
Notre absence au sein du Comité exécutif de la FIFA constitue une anomalie politique, consécutive à la non-élection de Me Augustin Senghor à cette instance. Est-ce que nous sommes suffisamment représentés au sein de la CAF ?
La présence de cadres sénégalais dans ces hautes sphères me semble cruciale pour entre autres :
- Protéger nos intérêts : prévenir toute décision arbitraire ou réforme susceptible de nuire à nos joueurs et aux nations que nous entendons représenter avec des formats de compétitions continentales conformes à nos plans de développement du football national et continental ;
- Peser sur les questions d’arbitrage : garantir une équité de traitement pour toutes les nations africaines et éviter les suspicions de corruption ou de manipulations avec des protocoles clairs d’aide à la décision ;
- Réformer le système de billetterie : assurer une distribution transparente et équitable, en s’inspirant des standards de la FIFA et des autres confédérations ;
- Porter la voix de l’excellence : développer des échanges interpays et intercontinentaux afin de renforcer et de partager l’expertise en matière de formation de tous les acteurs, y compris les arbitres, les clubs de supporters, les stadiers, et la sécurité, ainsi que le management et la gouvernance, selon des normes de niveau mondial.
Ces lignes d’action devraient être bâties dans une dynamique évolutive, tenant compte des problématiques émergentes auxquelles il conviendra d’apporter des réponses stratégiques appropriées, sans être parasitées par des forces extérieures.
Le Sénégal doit transformer son capital de sympathie footballistique international en poids politique réel sur l’échiquier mondial. La diplomatie sportive n’est pas une option ; elle est une nécessité pour sécuriser notre héritage et influer sur les décisions majeures.
Du sacre continental aux instances dirigeantes
En somme, le Sénégal continue de démontrer la valeur de son patrimoine footballistique. Pour que cette deuxième étoile brille durablement et que le respect qui nous est dû soit pleinement consolidé, nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Nous devons travailler avec encore plus de détermination et d’humilité pour assurer notre intégration effective dans les instances de la CAF et de la FIFA.
Oui, nous avons été écartés du Comité exécutif de la FIFA, tandis que des nations moins performantes y siègent. Il devient dès lors nécessaire de corriger cette situation préjudiciable à notre standing – non pour une sinécure, mais pour occuper des positions stratégiques et avant-gardistes au service de l’agenda de transformation du football africain, voire mondial.
Le message est clair : le leader du football africain se doit de siéger là où l’avenir du football se décide. C’est le combat de la maturité – celui qui permettra au Sénégal non seulement de ne plus subir les règles, mais de contribuer à les revoir, réformer ou écrire pour une nouvelle ère de gouvernance. Pour cela, au niveau national, la FSF se doit de montrer l’exemple par ses actes et aller vers plus de transparence et de professionnalisme.
Moustapha Niang
Polytechnicien
Ouakam

