Il faut qu’on soit très clair sur les sanctions esquissées et non encore annoncées. Je pense qu’on cherche à aller plus vite que la musique. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux effets d’annonce, aux déclarations d’intentions et aux formules protocolaires et diplomatiques. Rien de tout ce qui a été déclaré n’est encore vérifié. Juste des échappées solitaires de quelques individus. Il faut donc rester serein et dérouler notre feuille de route. Rien ne devrait perturber notre sommeil.
Aucun acte n’a été constaté et sanctionné par l’arbitre. Le responsable de la partie lui-même n’a pas sifflé pour constater la sortie des Lions.
Le commissaire du match ne peut donc rien établir pour constater. Tout au contraire, le jeu a repris et le penalty a été tiré et raté.
En revanche, le Sénégal est bien servi par le spectacle en mondovision pour étayer son argumentaire. Les caméras ne mentent pas. Tous les actes commis doivent être répertoriés et consignés. De même que les faits et gestes des officiels comme Infantino, Motsepe et autres. Les déclarations aussi, qui attestent de la partialité de certains.
Quant à la presse, elle n’a pas toujours la lucidité et le recul pour apprécier certaines situations, comme en France où elle est briefée, conditionnée et préparée. C’est là la grande différence, mais nous sommes là, en tant qu’anciens, pour faire le job. Nous pensons avoir été les premiers à poser la question de l’arbitrage dès les premiers constats de la CAN. Nos plateformes, notamment celle dédiée à la promotion du football local, et les journaux ont relayé nos alertes.
Tout le monde a suivi par la suite nos réquisitoires contre certains arbitres. Les faits nous ont donné raison. C’est tout à notre honneur d’avoir alerté dès le début et d’avoir dénoncé certains choix, comme le Soudanais, et d’attirer l’attention sur celui du Congolais. Nos arguments étaient pertinents et reposaient sur des faits avérés.
Maintenant, la question n’est plus technique. Elle est à la fois diplomatique et juridique, voire judiciaire. À chacun de jouer vraiment sa partition. On devrait élaborer une réponse pertinente et appropriée avec l’ensemble des acteurs du mouvement sportif, diplomatique et judiciaire.
Au lieu de sanctionner, il faut négocier.
Que faire quand la justice ne juge pas selon les lois et règlements ? Quand la sanction qui tombe vous frappe sans recours ? Quand on vous met devant le fait accompli en vous demandant de vous contenter de votre sort déjà scellé ? Ce qui vient de se passer au Maroc, dans cette finale de CAN, est tout simplement inqualifiable.
L’arbitre qui délivre des sanctions à sens unique. Sur plusieurs faits et gestes, et des actes d’anti-jeu, voire de violences délibérées, pour des raisons qui exigeaient au moins un recours à la VAR ou à une instance supérieure habilitée à juger en dernière instance, les Lions devaient tout simplement se livrer en agneaux du sacrifice.
Si, après tout ce que le monde a suivi en direct, la CAF et la FIFA décident de sanctionner le Sénégal, quelle loi et quelle règle vont-elles lui appliquer ?
Face à cette question existentielle pour la crédibilité de ces institutions, la sagesse voudrait que l’on passe à la négociation pour éviter un clash avec la majorité des pays africains, très choqués par ce qui vient de se passer à Rabat. Les gouvernements de la majorité des 54 pays, les sociétés civiles, les organisations régionales, etc., ont leur part à jouer dans cette mobilisation africaine.
Unis, nous vaincrons. Le monde a besoin de nous. Le Sénégal l’a prouvé et les adeptes du football l’attendent au Mondial.
Mamadou Kassé
Journaliste
Ancien rédacteur en chef du Soleil

