L’arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro sur le sol vénézuélien, suivie de son transfert vers une prison américaine, a fait l’effet d’un séisme diplomatique mondial. Un événement sans précédent dans l’histoire récente, dont la portée dépasse largement le cas du président vénézuélien pour poser une question fondamentale : l’ordre international est-il encore régi par le droit, ou déjà soumis à la seule logique de la puissance ?
Pour le philosophe Souleymane Bachir Diagne, la stupeur a été universelle. Rien, affirme-t-il, ne préparait la communauté internationale à une telle démonstration de force : l’enlèvement pur et simple d’un chef d’État en exercice. Plus qu’un acte politique, il s’agit d’un signal brutal envoyé au monde, révélateur d’un basculement profond dans les rapports entre nations.
Au cœur de son analyse, une inquiétude majeure : l’effondrement progressif des principes fondateurs du droit international. Souveraineté des États, respect des frontières, multilatéralisme comme mécanisme de régulation des conflits tout cela semble balayé par une opération qui, selon Diagne, ne peut trouver aucune justification, quelles que soient les critiques adressées au régime de Caracas ou les doutes sur la légitimité électorale de Maduro. Contester un pouvoir ne donne pas licence à en piétiner les règles communes.
L’universitaire inscrit cet épisode dans un contexte plus large, celui d’un monde où la force tend à s’émanciper de toute contrainte juridique. Il rappelle à cet égard une déclaration glaçante de Donald Trump, affirmant que seule sa conscience morale limiterait son pouvoir global. Une affirmation qui, pour Diagne, sonne comme un aveu : lorsque le droit s’efface, la morale individuelle devient un substitut dangereux à la loi collective.
Cette affaire, poursuit-il, illustre un déséquilibre croissant au sommet de l’État américain. L’exécutif, animé par une volonté d’expansion sans précédent, semble évoluer sans réel contrepoids. Le Congrès apparaît docile, tandis que la Cour suprême, dans sa configuration actuelle, se montre peu encline à freiner l’accumulation de pouvoirs présidentiels. Une situation qui fragilise le principe même des checks and balances, pourtant pilier de la démocratie américaine.
Pour autant, Diagne refuse le fatalisme. Il voit dans les réactions internationales, mais aussi dans les frémissements internes aux États-Unis, les prémices d’une résistance. Des voix s’élèvent, y compris au Sénat, où des élus républicains ont rejoint les démocrates pour exprimer leurs réserves. L’opinion publique américaine, globalement sceptique face à la politique de Trump, pourrait elle aussi devenir un acteur décisif.
En définitive, pour Souleymane Bachir Diagne, l’affaire Maduro agit comme un révélateur : celui d’un monde à la croisée des chemins. Soit les États réaffirment collectivement la primauté du droit et du multilatéralisme, soit ils acceptent l’avènement d’un ordre international dominé par la loi du plus fort. Dans ce combat silencieux, conclut-il, la vigilance citoyenne et politique demeure l’ultime rempart contre le naufrage de l’ordre mondial.

