Le Premier ministre Ousmane Sonko a effectué, hier, une visite de terrain à Kaolack, au cœur du bassin arachidier, pour s’enquérir du déroulement de la campagne de commercialisation de l’arachide. Cette filière stratégique, qui fait vivre des millions de Sénégalais, connaît depuis plusieurs semaines des difficultés liées à l’écoulement de la production et aux conditions d’achat.
Face aux producteurs réunis, le chef du gouvernement a tenu à rassurer. Il a réaffirmé la volonté de l’État d’accompagner les agriculteurs afin de garantir l’écoulement de leurs récoltes dans des conditions jugées acceptables. Selon ses explications, un budget initial de 106 milliards de francs CFA avait été prévu pour permettre à la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos) d’acheter 250 000 tonnes d’arachides.
Toutefois, Ousmane Sonko a annoncé une décision majeure attendue par les acteurs de la filière. « J’ai instruit la Sonacos d’acheter 450 000 tonnes au lieu de 250 000 », a-t-il déclaré, sous les applaudissements des producteurs. Une mesure qui vise à absorber une plus grande partie de la production nationale et à réduire les difficultés d’écoulement rencontrées par les paysans.
Malgré les contraintes budgétaires, le Premier ministre a assuré que l’État fera l’effort nécessaire. « Malgré la situation difficile que nous avons trouvée à notre arrivée à la tête du pays, nous allons dégager entre 50 et 75 milliards de francs CFA supplémentaires pour la Sonacos », a-t-il précisé, confirmant ainsi l’engagement financier du gouvernement dans cette campagne.
Des dysfonctionnements admis par le gouvernement
Dans un discours marqué par un souci de transparence, Ousmane Sonko a reconnu l’existence de dysfonctionnements dans la gestion de la campagne arachidière. « Il y a des défaillances dans nos services », a-t-il admis, expliquant que cette visite à Kaolack avait pour objectif de dialoguer directement avec les producteurs et de prendre des décisions concertées.
Le Premier ministre a annoncé l’élaboration de nouveaux programmes en collaboration avec les acteurs de la filière afin d’améliorer durablement l’organisation de la commercialisation. Il a insisté sur la nécessité de mieux encadrer les circuits d’achat et de transport, afin d’éviter les blocages observés ces dernières semaines.
Par ailleurs, Ousmane Sonko a fermement dénoncé certaines pratiques jugées préjudiciables aux producteurs. Il a notamment pointé du doigt le rôle de certains intermédiaires. « Nous ne pouvons pas accepter que des personnes achètent ici à Kaolack le kilo d’arachide à 250 francs CFA pour le revendre à la Sonacos à 305 francs CFA », a-t-il déclaré. Selon lui, ces pratiques pénalisent directement les paysans et détournent l’esprit des efforts consentis par l’État.
Le chef du gouvernement a promis des mesures fermes dans les prochains jours pour lutter contre ces comportements et assainir la filière. L’objectif, a-t-il souligné, est de garantir que les producteurs bénéficient pleinement du prix officiel fixé par les autorités.
Une filière clé pour l’économie nationale
La filière arachidière demeure un pilier de l’économie agricole sénégalaise, même si son poids a diminué par rapport aux années 1960, où elle représentait près de 60 % du PIB agricole. Aujourd’hui encore, l’arachide reste une culture de rente majeure, mobilisant une grande partie des producteurs du bassin arachidier.
Avec une production estimée à plus de 1,6 million de tonnes lors de la campagne 2023-2024, la filière fait vivre plus de 4 millions de personnes à travers le pays. Elle génère également des recettes importantes en devises, notamment grâce aux exportations de graines, d’huile et de tourteaux, en particulier vers le marché asiatique.
Conscient de cet enjeu, le gouvernement affiche des ambitions à moyen terme. Ousmane Sonko a ainsi évoqué la volonté de porter progressivement le prix du kilogramme d’arachide à 500 francs CFA dans les prochaines années. Une perspective destinée à améliorer durablement les revenus des producteurs et à encourager les investissements dans la filière.
Abordant la question de la transformation et de l’exportation de l’arachide, le Premier ministre Ousmane Sonko a mis en évidence la vétusté des installations industrielles de la SONACOS. Après avoir visité l’usine, il n’a pas mâché ses mots : « Cette usine est dépassée. Le monde a évolué et nous ne pouvons plus rester à ce stade ». Selon lui, l’ambition de l’État est de permettre à la SONACOS d’absorber l’ensemble de la production nationale, d’en assurer la transformation locale et d’orienter une partie vers l’exportation. Un objectif qui, a-t-il souligné, passe nécessairement par une modernisation en profondeur des infrastructures industrielles.
Évoquant ensuite la question stratégique du phosphate, le chef du gouvernement a plaidé pour une reprise en main nationale de la filière. Il a illustré son propos par la situation des Industries chimiques du Sénégal (ICS), relevant le paradoxe d’un pays producteur d’acide phosphorique qui continue pourtant d’importer des engrais. Ousmane Sonko a ainsi annoncé que son gouvernement travaille activement à remettre l’ensemble de la chaîne du phosphate sous contrôle de l’État. Pour rappel, l’État du Sénégal a signé avec les ICS un contrat de concession courant jusqu’en 2033, dans lequel il ne détient actuellement que 15 % des parts, une situation que les autorités entendent réexaminer dans le cadre de leur politique de souveraineté économique.
La visite du Premier ministre à Kaolack a été perçue par de nombreux paysans comme un signal fort. Au-delà des annonces financières, sa présence sur le terrain traduit, selon eux, une volonté de renouer le dialogue entre l’État et le monde rural, dans un secteur longtemps confronté à des difficultés structurelles.
El Hadji Ibrahima FAYE

