Invité de l’émission Point de vue, le ministre d’État auprès du Président de la République, Ahmadou Al Aminou Lo, a livré une défense sans détour du Plan de Redressement Économique et Social (PRES), présenté comme l’outil central du redémarrage économique du Sénégal, dans un contexte de fortes tensions financières et d’absence de programme avec le Fonds monétaire international (FMI).
Pour le ministre, l’année 2025 n’a pas été une parenthèse, mais un tournant. Elle a marqué, selon lui, le véritable point de départ du redressement, avec la relance de chantiers structurants dans les infrastructures, le désenclavement et l’aménagement du territoire. « Le redressement est engagé », affirme-t-il, convaincu que 2026 sera l’année des résultats visibles, à mesure que le PRES entrera pleinement en application.
Ahmadou Al Aminou Lo balaie toute lecture opposant le Plan de redressement à l’Agenda Sénégal 2050. À ses yeux, le débat est mal posé. Le PRES n’est ni un renoncement ni un plan de circonstance, mais le socle opérationnel de l’agenda de transformation. « C’est le premier étage de la fusée », tranche-t-il, estimant qu’aucune ambition de long terme ne peut survivre sans un retour préalable aux équilibres macroéconomiques.
Le diagnostic est sévère. Une dette avoisinant 120 % du PIB, des marges budgétaires étroites et des financements extérieurs sous tension. Mais pour le ministre, l’urgence n’autorise ni lamentation ni fuite en avant. Le choix est assumé : faire face, réorganiser l’économie et prouver que le pays peut se redresser sans dépendre exclusivement de l’extérieur. « Nous ne sommes pas là pour nous plaindre », insiste-t-il.
Le PRES repose sur un objectif clair : mobiliser près de 6 000 milliards de francs CFA entre 2025 et 2028, essentiellement à partir de ressources internes. Élargissement de l’assiette fiscale, traque des niches, renforcement du civisme fiscal : l’État mise sur un effort national qu’il promet ciblé et équitable. Le ministre se veut rassurant : « le petit peuple ne sera pas mis à contribution ».
L’absence d’accord avec le FMI, souvent présentée comme un handicap majeur, est, selon lui, un faux procès. Certes, les contraintes sont réelles : moins de liquidités, des financements suspendus, une pression accrue sur le budget. Mais le ministre y voit aussi une opportunité politique et économique. Celle de rompre avec la facilité de l’endettement externe et d’assumer une trajectoire de souveraineté économique.
Pour étayer son propos, Ahmadou Al Aminou Lo convoque les chiffres. Avec une pression fiscale d’environ 20 % du PIB, le Sénégal reste loin des standards des économies développées, où elle atteint 30 à 40 %. L’effort demandé, argue-t-il, n’est ni excessif ni conjoncturel. Il aurait été exigé même sous programme FMI, tant la mobilisation des ressources internes est une obligation structurelle.
L’endettement, rappelle enfin le ministre, n’est pas une anomalie, mais un instrument classique de gestion publique. L’appartenance du Sénégal à une union monétaire offre, selon lui, un cadre de stabilité supplémentaire. Reste l’essentiel : réussir le PRES, rétablir les équilibres macroéconomiques et démontrer que le Sénégal peut construire son développement sur ses propres forces, sans renoncer à ses ambitions de transformation.

