La communauté lébou est frappée par un nouveau deuil. Le Jaraaf de Ouakam, Papa Youssou Ndoye, est décédé ce jeudi 16 juillet 2026. L’annonce a été confirmée par la Collectivité lébou de Dakar. Avec sa disparition, s’en va une figure majeure de l’autorité coutumière sénégalaise, dont l’engagement en faveur de la préservation du patrimoine lébou a marqué les deux dernières décennies.
À Ouakam comme dans l’ensemble de la presqu’île du Cap-Vert, Papa Youssou Ndoye occupait une place particulière. Respecté par les siens, souvent au cœur des grands débats fonciers et communautaires, il s’était imposé comme l’un des principaux porte-voix de la défense des terres et des traditions léboues.
Un parcours marqué par une vocation précoce
Selon des confidences qu’il avait lui-même livrées dans plusieurs entretiens, reprises notamment par Dakaractu, son destin aurait été annoncé dès son enfance.
Il racontait avoir été confronté à de graves difficultés physiques durant ses premières années, affirmant n’avoir retrouvé l’usage de ses jambes qu’après une cérémonie traditionnelle de ndeup. Cet épisode, disait-il, avait profondément nourri sa conviction d’être destiné à exercer un jour d’importantes responsabilités coutumières.
Une carrière professionnelle avant la chefferie traditionnelle
Avant de devenir une autorité coutumière reconnue, Papa Youssou Ndoye a mené une carrière dans le secteur de l’eau.
Après un parcours scolaire interrompu, il rejoint successivement la SONES puis la Sénégalaise des Eaux (SDE), où il occupe plusieurs fonctions techniques tout en s’investissant dans les activités syndicales et associatives.
Parallèlement à sa vie professionnelle, il s’engage activement dans la vie communautaire de Ouakam, multipliant les initiatives en faveur des jeunes et participant à la médiation de nombreux conflits locaux.
Jaraaf de Ouakam depuis 2009
En 2009, il est porté à la tête de la chefferie coutumière de Ouakam en qualité de Jaraaf.
Cette fonction, centrale dans l’organisation traditionnelle lébou, dépasse largement le caractère honorifique. Le Jaraaf est considéré comme le gardien de la mémoire collective, le garant des coutumes et l’un des principaux protecteurs du patrimoine foncier de la communauté.
Au fil des années, Papa Youssou Ndoye est devenu l’une des personnalités traditionnelles les plus influentes de Dakar.
Un acteur incontournable des débats fonciers
Son nom restera particulièrement associé aux nombreuses controverses relatives au foncier dans la commune de Ouakam.
Très engagé sur ces questions, il dénonçait régulièrement ce qu’il considérait comme une réduction progressive du patrimoine foncier lébou. Il intervenait fréquemment dans les débats portant sur les affectations de terrains, les projets immobiliers ou encore l’avenir des emprises de l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor.
Ses prises de position lui ont valu autant de soutiens que de critiques. Plusieurs procédures judiciaires ont également jalonné son parcours, sans jamais altérer, selon lui, sa détermination à défendre les intérêts de la collectivité.
Une figure immédiatement reconnaissable
Papa Youssou Ndoye était aussi connu pour son apparence singulière.
Toujours vêtu de larges boubous blancs superposés et coiffé d’un bonnet traditionnel, il expliquait que cette tenue répondait aux exigences spirituelles attachées à sa fonction. Cette silhouette caractéristique est devenue au fil du temps l’un des symboles des cérémonies et rassemblements de la communauté lébou.
L’héritage d’un défenseur de l’identité lébou
Avec la disparition de Papa Youssou Ndoye, la communauté lébou perd l’une de ses figures les plus marquantes.
Au-delà des controverses qui ont parfois accompagné son action, beaucoup retiennent l’image d’un homme profondément attaché à la sauvegarde des traditions, à la défense des terres communautaires et à la transmission de l’héritage culturel lébou.
Son décès ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la chefferie traditionnelle de Ouakam, où son engagement continuera de marquer les mémoires.
Par EL IBRAHIM FAYE

